L’Iliade d’Houmarou

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PROLOGUE

Écoutez Houmarou, il va vous conter l’histoire que content les griots de tous les pays baignés par le Djoliba, le grand fleuve de l’Ouest africain.

Écoutez Houmarou, le plus fameux des griots qui vont, de pays en pays, chanter l’épopée des ancêtres. Aveugle, il marche guidé par son jeune disciple, et son esprit embrasse le monde entier. Assemblés sous l’arbre à palabres, dans la nuit, écoutez Houmarou !

[…]

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La colère d’Ag’Illies

La guerre durait depuis neuf ans déjà quand éclata la terrible querelle entre Ag’Menna et Ag’Illies, demi-dieu et amenokal des Ioulleminden. Lors d’une razzia aux alentours de Timbouktou, les méharistes d’Ag’Menna avaient pris de nombreux captifs, dont la fille d’un grand féticheur. Celle-ci fut donnée en butin au roi des rois. Le père, vieil homme respecté, vint se présenter à Ag’Menna sous la vaste tente, faite de dizaines de peaux de bœufs brunies par les tannins, tendues sur de nom­breux pieux ouvragés en bois de tiggart. Il pria le roi de bien vouloir lui rendre sa fille.

Ag’Menna était fier et ombrageux : il fit renvoyer le vieillard sans ménagement. Désespéré, le féticheur re­partit seul au bord du fleuve et tomba à genoux dans la boue. Tourné vers le sud, vers les monts de Hombori, il se mit à implorer :

—O dieux, ô Dongo maître de la foudre, ô Faro, dieu de Djoliba, et toi Noumou Bala, dieu des forgerons, ô belle Foroforondou, laisserez-vous impunie l’arrogance d’Ag’Menna et l’insulte faite à un vieillard ?

Les dieux entendirent la supplique et les maladies se mirent à pleuvoir sur les assiégeants comme une nuée de flèches mortelles. Du haut de leurs murailles, le roi Maïga et ses fils, Moktar et Fari, virent le camp de leurs ennemis ravagé par l’épidémie et les cadavres entassés pour être brûlés. Les rois de la coalition se rendirent chez Ag’Menna pour le convaincre d’apaiser les dieux en rendant la captive à son père, comme le conseillaient les féticheurs, devins et guérisseurs.

El’Issa, maître des terres du Macina, Ag’Illies, le plus courageux des guerriers, Coulibaly, le sage, roi de Ségou, Idriss le rusé, roi de Siby, Camara le grand et Camara le petit, tous essayaient de fléchir le roi des rois. Enfin, Ag’Menna céda, exigeant en échange que l’un de ses alliés lui fasse don d’une autre captive. Ag’Illies entra alors dans une violente colère :

—Ag’Menna, ta cupidité nous perdra! Tu préfères ton intérêt à celui de tes alliés ! Mes guerriers et moi-même, nous ne servirons plus un chef qui manque de noblesse !

—Va-t-en Ag’Illies. Plie tes tentes et charge tes cha­meaux. Retourne chez ta mère qui voulait t’interdire de faire cette guerre! Rentre chez toi et habille-toi en femme ! 

La dispute ne pouvait finir, car l’eau chaude ne refroi­dit pas l’eau chaude. «Jigoni fila tè se ka nyògòn suma», disent les Bambaras.

Ag’Illies rajusta son taguelmoust, le turban des Kel Tamasheq, et s’éloigna fièrement. Juste avant de quitter la tente, il se retourna vers les autres rois :

—Sans moi, vous n’êtes rien ! Je fais ici le serment de ne plus combattre avec vous. Bientôt les guerriers de Timbouktou viendront vous massacrer et vous mendie­ rez mon aide. Je resterai inflexible et vous périrez l’un après l’autre, tant que vous suivrez Ag’Menna !

Sitôt rentré à son campement, Ag’Illies reçut la visite des hommes d’Ag’Menna qui enlevèrent de force sa captive favorite pour la conduire chez leur chef, en rem­placement de celle qui avait été rendue à son père.

Retiré sous sa tente, Ag’Illies ruminait sa colère quand sa mère, une des nombreuses filles de Faro, lui apparut. Le jeune roi lui conta les raisons de son courroux.

—Mère, monte à Hombori, trouver Dongo. De­ mande lui de donner la victoire aux guerriers de Moktar, pour qu’Ag’Menna comprenne ce qu’il en coûte de m’insulter, moi, Ag’Illies, amenokal des Ioulleminden, moi, le plus valeureux des Kel Tamasheq !

[…]

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HOMÈRE, LE GRIOT

Transposer l’Iliade et l’Odyssée dans l’univers culturel des peuples de la boucle du Niger, ou du Djoliba de son vrai nom, tel est le but du jeu. Les analogies entre les civilisations de l’Ouest africain et la Grèce d’Homère poussent à se lancer dans l’aventure.

La tradition orale est un des traits essentiels de ces deux cultures. Les aèdes de la Méditerranée orientale n’étaient-ils pas des griots ? Et la kora n’est-elle pas la lyre ?

Homère devient Houmarou et l’agora s’installe sous l’arbre à pa­labres.

Le delta intérieur du Niger, vaste plaine inondée par les crues et les pluies, devient une Méditerranée, « mer au milieu des terres ».

Nous plongeons dans une Antiquité imaginaire où les dieux de l’Olympe et ceux des panthéons des peuples songhaï, peul, bam-bara et yoruba se ressemblent comme frères et sœurs. Dongo est le jumeau de Zeus, Djeddo Dewal prend le rôle d’Eris, la déesse de la discorde. Le jeu des correspondances est sans fin…

Nous voyageons dans un monde de cavaliers, de guerriers, de ber­gers, un monde de cités légendaires : Ségou, Djenné, Tombouctou, Gao. Ces villes sont-elles si différentes d’Athènes, de Mycènes, de Troie ou de Sparte ?

La légende et l’imagination se font écho. La Grèce et l’Afrique de l’Ouest se jouent des mythes. L’Iliade et l’Odyssée s’amusent à bou­ger les frontières du temps et de l’espace.

En nous contant à sa façon l’Iliade et l’Odyssée, Houmarou rend hommage à l’universalisme, à la faculté qu’ont les cultures de se comprendre entre elles, aux racines communes des civilisations, aussi différentes qu’elles paraissent à la surface de la Terre.

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LES DIEUX, DÉESSES ET IMMORTELS

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Dongo, dieu du tonnerre et de la foudre chez les Songhaïs est le Zeus des Grecs.

Njeddo Dewal ou Mousso Koroni, divinité de la discorde et de la jalousie est Eris.

Foroforondou, divinité féminine des Peuls, ressemble à Aphrodite.

Ochoun est une déesse du panthéon des Yoruba et Harakoï Diko, une déesse aquatique des Songhaïs.

Faro, dieu des eaux et du fleuve Djoliba (Niger) chez les Bambaras est Poséidon.

Noumou Bala alias Manda Haoussakoy ou Baylo Kammou, le dieu forgeron, est Héphaïstos.

Yattara, dieu du vent, est l’Eole des Grecs.

Nommo messager, qui tient le rôle du dieu Hermès des Grecs, est un des huit Nommos du panthéon des Dogons.

Jaba Souko, la sorcière, a le pouvoir de changer les hommes en bêtes, comme Circée.

Kadiatou, est la nymphe Calypso.

Mamiwata, créature aquatique féminine et séductrice est une sirène.

Barry et Sylla sont les monstres Charybde et Scylla.

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LES MORTELS

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Fari, prince et berger qui juge la beauté des trois déesses, est Paris.

La belle Foulani, princesse peule, la plus belle femme du monde, est la belle Hélène.

El’Issa, roi des Peuls du Macina, époux de la belle Foulani, est Ménélas.

Ag’Menna, grand chef Kel Tamasheq, roi des rois, allié d’El’Issa, est Agamemnon.

Ag’Illies, jeune chef des Ioulleminden, un clan des Kel Tamasheq, est Achille, chef des Myrmidons.

Ag’Trokel, le meilleur ami dAg’Illies, est Patrocle.

Idriss, le rusé, roi bambara de Siby, est Ulysse, roi d’Ithaque.

Ténemba, femme d’Idriss, est Pénélope.

Maki, fils d’Idriss, est Télémaque, le fils d’Ulysse.

Coulibaly, le sage, roi de Ségou, est Nestor, roi de Pylos.

Camara le grand et Camara le petit, sont les deux Ajax.

Maïga, roi de Timbouktou, père de Moktar et de Fari, est Priam, roi de Troie.

Moktar, fils de Maïga, est Hector fils de Priam.

Bintou Sylla, la reine des Amazones, est Penthésilée.

Bozoké et Nyamanton sont des compagnons d’Idriss.

Rokia est Nausicaa.

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Antoine Barral

L’Iliade d’Houmaurou

L’Homère africain

Éditions Grandvaux. Brinon-sur-Sauldre, 2011

ISBN: 9782909550718

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