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Aquil·les en guaita, per matar Troilus. El fresc de Tarquínia i la imatge absent, segons Pascal Quignard

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[…] Una imatge manca a l’inici. Ningú d’entre nosaltres no ha pogut assistir a l’escena sexual d’on resulta. El fill que en prové la imagina sense parar. És la que els psicoanalistes anomenen Ur-escena.

Una imatge manca a la fi. Ja que ningú d’entre nosaltres, viu, no assistirà a la seva mort. Tant l’home com la dona imaginen el seu descens cap als morts, a l’altre món, a casal de les ombres. És el que els antics grecs anomenaven Nekhuia.

Avui, de manera més radical, us voldria mostrar que hi ha una imatge que manca en tota imatge. Seré molt feliç que hom pugui dir al sortir d’aquesta sala: «Parlar de l’imatge absent no és una imatge. I no es tracta tampoc d’una forma de parlar.» Jo voldria fer-vos tocar amb el dit, només una vegada, la imatge particular que manca en una imatge particular. […]

Pascal Quignard
Sur l’image qui manque à nos jours

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1. Le guet

Il nous faut quitter la mer Tyrrhénienne. Il nous faut repasser par Rome. Il y a pire destin. Direction l’Étrurie. On arrive à Tarquinia. On monte, en première, dans la petite Fiat louée à l’aéroport, les petites ruelles à pic. On monte tout en haut de la petite ville. On se gare dans le parking du musée étrusque. Là, on monte en­core, mais à pied, jusqu’en haut de la colline. Sur la colline, on voit des petits périscopes qui pointent dans l’herbe sauvage et les chardons. Étrange taupinière des morts. C’est là que désira se rendre Lawrence avant de mourir. On va descendre dans l’une de ces tombes rondes. Chacun des érudits se met en quête auprès de son archéologue auprès de son «superinten­dant» de celle qu’il souhaite profaner, et étu­dier, et admirer. Pour moi, la plus belle de ces tombes est la tombe dite des Taureaux. On va descendre voir la plus belle fresque à mes yeux du monde antique. Cette fresque même si elle a été peinte ici, sur le sol italique, à Tarquinia n’est ni étrusque ni romaine mais grecque. La fresque d’Achille et de Trôilos est celle qui tombe directement sous les yeux quand on entre sous la voûte de la tombe après avoir descendu la dizaine de marches sous la terre. On pénètre dans l’ombre et l’humidité. Les yeux s’accoutument à l’air fétide, lourd, humide, rare. On lève la lampe dans cet air épais et assombri. La fresque se tient là, juste devant nous, juste au-dessous des taureaux érigés, au centre de la chambre funéraire. Dans l’obscu­rité, elle est incroyablement belle, tant elle est claire. Blanche et rose plutôt que rouge. C’est une des plus paisibles peintures du monde. Il faut la lire à partir de la droite. Le magnifique cheval blanc vient de la droite et se dirige vers la gauche. Ce qu’on voit tout d’abord c’est Trôilos chevauchant lentement un cheval blanc im­mense dans la paix. C’est le soir. C’est la dou­ceur du soir. Il vient de quitter les portes Scées. Il va faire boire son cheval à la fontaine. On sait que c’est le soir parce que, sous le cheval, entre les jambes de l’immense cheval blanc, le fres­quiste de Tarquinia (le mégalographe grec) a peint un soleil rouge qui se couche.Pascal Quignard

Le soleil est déjà à demi plongé sous l’horizon.

Chevauchant son cheval immense le jeune Trôilos tient ses rênes dans la main droite; il tient dans son autre main sa longue lance de guerrier. Il est très beau. Il est lui-même si grand que sa tête sort du cadre quadrangulaire dont le peintre a entouré sa fresque. Il est presque entièrement nu, sauf les pieds et les chevilles.

Tout à fait sur la gauche, face à nous, caché par le puits maçonné, Achille, derrière les grandes pierres rectangulaires, se tient en embuscade. Trôilos ne le voit pas. Achille n’est pas seulement aux aguets: tout son corps, couvert d’armes et d’armures et de cas­que de guerre, est prêt à passer à l’attaque. Comme un félin, Achille prémédite son bondissement et son meurtre.

C’est l’instant d’avant.

L’action n’est même pas commencée.

C’est l’embuscade elle-même qui est fi­gurée. Si la peinture ancienne n’est pas une représentation qui met en scène l’action, c’est parce qu’elle est encore une embuscade qui observe les éléments qu’elle met en place sans qu’elle les assemble encore.

La considération, la contemplation, la theôria, est encore soumise au guet. Le guet de chasse fut la source visuelle de la rêvée, qui est elle-même à la source de la pensée.

La peinture ancienne est un reste de guet.

Durant des millénaires, des centaines de millénaires, les hommes, leurs proies, qui étaient aussi leurs prédateurs, se sont fait face.

En amont de la contemplation esthéti­que: le guet avant l’action: c’est-à-dire avant la mise à mort.

J’ajoute ceci, qui a peut-être son impor­tance: Pourquoi Achille en grec Achilleus— le courage même, le héros éponyme du cou­rage, va-t-il tuer, en recourant à une aussi méprisable ruse, après avoir lacé ses jambiè­res, après avoir mis son casque sur son visage, après s’être armé de bronze jusqu’aux dents, un enfant nu qui vient faire boire son cheval au puits, paisiblement, alors que le soleil se couche?

Pour comprendre une fresque antique qu’elle soit égyptienne, védique, étrusque, grecque, latine— il faut non seulement con­naître le récit qu’elle condense mais parler la langue qui le rapporte. Je n’ai pas le temps de développer ce point qui n’est pas essentiel à notre propos mais je vous jure que c’est vrai. On ne peut pas comprendre une peinture si on ne connaît pas la langue du peintre. Comme pour le rêve, il faut parler la langue du rêveur pour comprendre les images qu’il hallucine et qui se juxtaposent spontanément et désordonnément dans son sommeil.

Pour contempler les fresques, il faut parler la langue du peintre.

L’oracle pythique disait que la citadelle «Trôia» ne pourrait être détruite que si le jeune et beau kouros «Trôilos» mourait avant l’âge de vingt ans.

Alors tout se dédouble. Tout se prémé­dite. Cette peinture médite, pré-médite, se tient en «embuscade dans le visible» de fa­çon vraiment sublime. Elle est incroyablement pensive, méditante, parce que son image absente (le sacrifice du kouros Trôilos sacrifié par Achilleus un peu à la façon d’Isaac par Abraham) s’approfondit d’une autre image qu’elle devance. Le cheval de Troie se tient derrière le cheval de Tarquinia comme Achille se tient derrière le puits vers lequel le cheval se dirige pour boire. Comme Trôia se tient derrière le nom de Trôilos, l’incendie de Troie à demi consumée par les flammes des Achéens se tient derrière le soleil couchant à demi dévoré par la nuit.

Ici il y a deux images absentes.

La première image absente dans cette image: le meurtre de Trôilos exécuté par Achille.

La deuxième image absente dans cette image: Trôia vaincue en flammes.

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Pascal Quignard
Sur l’image qui manque à nos jours

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1 . La guaita

Hem de deixar la mar Tirrena. Hem de passar per Roma. Hi ha pitjors destins. Destí Etrúria. Arribem a Tarquínia. Pugem, en primera, amb el petit Fiat llogat a l’aeroport, pels carrerons costeruts. Pugem al capdamunt del poble. Aparquem al pàrking del museu etrusc. D’allà encara ens enfilem,  però ja a peu, fins al cim del turó. Al turó, veiem petits periscopis que sobresurten entre l’herba silvestre i els cards. Estranya talpera dels morts. Aquí és on Lawrence va voler anar abans de morir. Ens preparem per baixar a una de les tombes rodones. Cadascun dels erudits demana al seu arqueòleg al seu “superintendent”— la que vol profanar, i estudiar, i admirar. Per a mi, la més bella d’aquestes tombes és la dels Toros. Baixarem a contemplar el fresc més bonic —als meus ulls del món antic . Aquest fresc tot i pintat aquí, en sòl itàlic, a Tarquínia no és ni etrusc ni romà, sinó grec. El fresc d’Aquil·les i Troilus és sobre el que recau directament la vista quan s’entra sota la volta de la tomba després de baixar la desena de graons sota terra. Penetrem en l’ombra i la humitat. Els ulls s’acostumen a l’àire fètid, pesant, humit, estrany. Alcem el llum en aquest aire espès i ombrívol. El mural s’alça aquí, davant nostre,  just a sota dels toros encimbellats, al centre de la cambra funerària. En la foscor, és increïblement bell, tant clar com és. Blanc i rosa més que vermell. Aquesta és una de les pintures més pacífiques del món. Ha de ser llegida des de la dreta. El bell cavall blanc ve de la dreta i es dirigeix cap a l’esquerra. El que veiem en primer lloc és Troilus cavalcant lentament en un cavall blanc immens, en pau. És el capvespre. És la dolçor del capvespre. Ell acaba de sortir per les portes Escees. Abeura el seu cavall a la font. Sabem que és el vespre perquè, sota el cavall, entre les cames de l’enorme cavall blanc, el fresquista de Tarquínia (el megalògraf  grec) hi ha pintat un sol vermell que es pon.

El sol ja està mig submergit per sota de l’horitzó.

Cavalcant en el seu cavall immens el jove Troilus pren les regnes amb la mà dreta; a l’altra mà hi té la seva llarga llança de guerrer. És molt bell. De fet és tan gran que el seu cap queda fora del marc quadrangular amb el que el pintor ha envoltat el seu fresc. Va gairebé nu, llevat dels peus i dels turmells.

A l’esquerra de tot, de cara a nosaltres, ocult pel pou de maçoneria, Aquil·les, darrere les grans pedres rectangulars, està emboscat. Troilus no el veu. Aquil·les no és només a l’aguait: tot el seu cos cobert d’armes i armadures i casc de guerra està a punt per atacar. Com un felí, Aquil·les premedita el seu assalt i seu assassinat. 

Aquest és l’instant d’abans.

L’acció no ha ni tan sols ha començat.

És l’emboscada en si la que hi està figurada. Si la pintura antiga no és una representació que mostra l’acció, és perquè encara és una emboscada que observa els elements que ella coloca sense que els ajunti encara.

La consideració, la contemplació, la theôria, encara està subjecta a estar a l’aguait. La guaita de cacera fou la font visual de l’imaginar, que és la font del pensar.

La pintura antiga és una resta de la guaita. 

Durant milers d’ anys, centenars de milers d’anys, els homes, les seves preses, que eren també els seus predadors, s’han encarat. 

Aigües amunt de la comtemplació estètica: la guaita abans de l’acció: és a dir, abans de la matança.

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Afegeixo això, que pot tenir la seva importància: ¿Per què Aquil·les —en grec Aquilleus—, per si sol el coratge, l’heroi epònim del coratge, matarà, usant un truc tan menyspreable, després d’haver-se llaçat les gamberes, desprès d’haver-se posat el casc sobre el rostre, després d’haver-se armat de bronze fins a les dents,  un minyó que ve a abeurar el seu cavall al pou, amb tota tranquil·litat, a la posta de sol?

Per entendre un fresc antic ja sigui egipci, vèdic, etrusc, grec, llatí no només cal conèixer la història que plasma, sinó tambe parlar l’idioma que l’explica. No tinc temps per desenvolupar aquest punt que no és essencial per al nostre propòsit, però us prometo que és veritat. No es pot entendre una pintura si no es coneix l’idioma del pintor. Talment per al somni, cal parlar la llengua del qui somia per comprendre les imatges que ell al·lucina i que es juxtaposen espontàniament i desordenada en el seu somni. 

L’oracle pític deia que la ciutadella “Troia” només podria ser destruïda si el jove i bell kouros “Troilus” moria abans de complir els vint anys.

Aleshores tot es desdobla. Tot es premedita. Aquesta pintura medita, pre-medita, es col·loca en “emboscada en el visible” d’una manera veritablement sublim. És increïblement pensativa, meditativa, perquè la seva imatge absent (el sacrifici del kouros Troilus per Aquil·les una mica a la manera d’Isaac per Abraham) s’aprofundeix amb una altra imatge que ella avança. El cavall de Troia es troba darrere el cavall de Tarquínia tal com com Aquil·les està darrere del pou cap el que el cavall es dirigeix per beure. Tal com Troia està darrere del nom de Troilus, l’incendi de Troia mig consumida per les flames dels aqueus està darrere del sol ponent mig engolit per la nit.

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Aquí hi ha dues imatges absents.

El primera imatge absent en aquesta imatge: l’assassinat de Troilus executat per Aquil·les.

La segona imatge absent en aquesta imatge: Troia vençuda en flames.

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Pascal Quignard (Verneuil-sur-Avre, dans l’Eure , 1948)

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Pascal Quignard
Sur l’image qui manque à nos jours

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Pascal QuignardPascal Quignard

Sur l’image qui manque à nos jours

Arléa

Paris, Avril 2014

ISBN: 9782363080486

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