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Marcel Proust i Reynaldo Hahn llegeixen la Ilíada

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À MARIE NORDLINGER

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[juillet ou août 1905]

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Chère amie

J’ai reçu votre précieux envoi et je vous remercie de tout cœur. C’est merveilleux ! […]

[…]

Ce soir visite inopinée, et malgré ma fatigue, comme je n’étais, par extraordinaire maintenant, pas trop oppressée, reçue. Celle de Reynaldo retour d’un tas de plages assez étonnantes où il a mené une vie de vaudevilliste plus que de musicien si j’en crois ces récits où croyant aller chez M. X par la grande porte, il se trouve entrer chez Mme. Z par l’escalier de service, ce qui ne fit rien comme il connait aussi Mme. Z  etc. etc. etc. I revient très épris de l’Iliade que par une coïncidence qui n’a rien de curieux je lisais au même moment. Je dis rien de curieux, car c’était la lecture des Contes de Lemaître et le désir d’y répondre qui m’avait fait reprendre ce vieux livre prodigieux et Reynaldo c’était la vue de plages qu’il « sentait » homériques qui l’avait incité à cette lecture. Il m’a avoué sa tristesse de savoir que cette Iliade était une œuvre anonyme et collective et non l’œuvre du « vieil Homère ». Je l’ai consolé en lui apprenant que cette opinion de l’œuvre collective n’avait plus aucun crédit auprès des savants et qu’elle n’en avait jamais eu d’ailleurs auprès des gens de bon sens. Il doutait encore mais je lui ai mis entre les mains une Revue de Paris où un excellent article de M. Bréal lui démontrera formellement qu’Homère a existé comme Massenet et que l’Iliade a l’été composée comme Sesame and Lilies et même écrite et non récitée. Tout cela m’a paru le remettre. Mais comment pour prendre cette Revue libératrice à deux pas de mai j’ai pris un refroidissement qui pendant des semaines va m’anéantir c’est ce que j’ai trop mal aux yeux pour vous écrire et ce qui intéresse d’ailleurs à un moindre degré l’histoire littéraire et même l’histoire tout court que la paternité de l’Iliade, l’opinion de Bréal et l’opinion de Reynaldo. Ce qui a frappée particulièrement Reynaldo dans l’Iliade c’est la politesse des héros. Comme ils passent leur temps à se dire « chien » et à se casser la tête je ne suis pas de son avis. Mais il est vrai que même en s’injuriant ils disent : « Sache ô magnanime Hector je vais te tuer comme un chien que tu es. » « Âme vile, pareille aux chiennes de l’Enfer, irréprochable Hélène. »

Chère amie j’ai voulu vous souffler jusqu’à Gladville un peu de « l’atmosphère Courcelles et Alfred de Vigny ». Mais vraiment je suis trop épuisé pour ce genre d’entreprises et manque moi-même trop de « souffle » ce soir. Merci encore et tout à vous.

Marcel Proust

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M. Nordlinger

M. Proust

Reynaldo Hahn

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[…]

L’idée qui attriste Reynaldo Hahn est issue de Wolf, selon lequel l’œuvre d’Homère, si longue et pourtant non écrite, résulterait d’une addition de poèmes courts, comparables aux chansons populaires des troubadours ; Herder n’avait-il pas réuni et édité des contes folkloriques allemands, sous le double concept de Wolkslieder et d’Urliteratur ? Bréal dès lors réfute l’idée d’une création orale et collective (“souvenir importun des temps modernes” – comprenons de Herder), et explique les disparités et contradictions de l’Iliade par divers poèmes ayant précédé et préparé l’épopée homérique. Il postule en revanche l’existence d'”un manuscrit seul de son espèce, d’un archétype possédé par une communauté, servant à la célébration d’une solennité, et conservé et augmenté pour le service de solennités semblables”. Ce débat laissera des traces dans la Recherche, puisqu’à l’époque des Jeunes filles en fleurs, le narrateur recourt à une “belle expression populaire dont, comme pour les plus célèbres épopées, on ne connaît pas l’auteur, mais qui comme elles et contrairement à la théorie de Wolf en a certainement un”.

Proust tranche donc pour la thèse unitaire et individuelle de l’œuvre homérique. Il y est incité par la doctrine du sociologue Gabriel Tarde, qui a exercé une si grande influence sur la mise en scène de ses personnages, et dont il transpose souvent les théories dans le domaine de la création littéraire. Or la thèse centrale de Tarde, qui l’oppose totalement à Durkheirn, est celle-ci : “Pour qu’une combinaison d’idées éclaire les esprits d’une nation, il faut qu’elle luise d’abord dans un cerveau isolé”. Ainsi la question d’une création individuelle ou collective, soulevée avec acuité par la controverse homérique, est-elle interprétée ici à la lumière d’un débat sociologique tout contemporain : si en effet on applique à cette controverse la théorie de Tarde, on dira que les épopées homériques sont d’abord nécessairement nées dans un cerveau isolé, puis ont été répétées et amplifiées par un groupe d’aèdes ; un linguiste et mythologue comme Bréal n’affirme pas autre chose ; un adepte de la nature purement individuelle de l’acte créateur comme Proust fait à son tour sienne cette conviction.

[…]

Luc Fraise
L’Homère de Marcel Proust
A: Homère en France après la Querelle (1715 – 1900)

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THERSITE

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C’ÉTAIT l’homme le plus laid qui fût venu devant Ilion. Il était louche, boiteux, bossu, avec une tête pointue où poussaient quelques cheveux épars. D’une voix aigre, il outrageait Agamemnon :

« — Atrïde, tes tentes sont pleines d’airain et des belles femmes que nous te donnons d’abord, quand nous prenons une ville. Que te faut-il encore ?

« Et, se tournant vers les soldats : « Lâches ! Achéennes et non Achéens ! Retournons dans nos   demeures avec les nefs. Laissons-le, seul devant Troie, amasser des dépouilles. Il verra alors si nous lui sommes nécessaires ou non. N’a-t-il pas outragé Achille, meilleur guerrier que lui, et enlevé sa récompense ? Certes, Achille a l’âme douce ; autrement, Atride, c’eût été ta dernière insolence !

« Mais le divin Ulysse regarda Thersite et lui dit :

« — Silence, infatigable bavard ! Si je te surprends encore clabaudant comme tu fais, que ma tête tombe de mes épaules si je ne te saisis dans ma forte main, et si t’ayant mis tout nu, je ne te reconduis jusqu’aux nefs, en te rouant de coups !

« Il dit, et le frappa de son bâton royal sur le dos et sur les épaules. Et Thersite se courba, pleurant de rage. Une tumeur saignante lui gonfla le dos sous le coup du sceptre d’or ; et il s’assit, tremblant et gémissant, hideux à voir.

« Et les Achéens rirent aux éclats ; et, se regardant les uns les autres, ils se disaient :

« — Certes, Ulysse a déjà fait mille choses excellentes, par ses sages conseils et par sa science guerrière ; mais ce qui’l a fait de mieux a été de réduire au silence ce harangueur injurieux. » (Iliade, Il)

[…]

Jules Lemaître
En Marge de L’Iliade
En Marge des Vieux Livres (Contes)

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Marcel Proust
Correspondance
Tome V (1905)
Texte établi, présenté et annoté par Philip Kolb
Plon. París, 1979

 

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Homère en France après
la Querelle (1715 – 1900)

Actes du colloque de
Grenoble (23-25 octobre 1995)
Université Sthendal-Grenoble 3

Honoré Champion Éditeur. París, 1999
ISBN: 9782745300683

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Jules Lemaitre

En Marge des Vieux Livres (Contes)
Première série

Société Française d’Imprimerie et de Librairie
Paris, [1905]

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