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Posts Tagged ‘Francès’

Quignard i les nekuies

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CHAPITRE XII

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Héraklès, Admète, Dionysos, Orphée, Tirésias, Achille sont descendus aux Enfers et en sont revenus. A leur retour ils racontaient ce qu’ils y avaient vu. Ils racontaient comme ils pouvaient, avec des mots, les visages bouleversants qu’ils avaient rencontrés, la vieille lumière noire, toute l’ancienne tendresse. Jésus est descendu aux Enfers comme les autres héros. Mais on ne sait rien des Enfers de Jésus. C’est le seul héros qui n’a pas la force ou le courage de raconter aux vivants sa visite chez les morts.

Ariston fit remarquer aussi aux Grecs : « Quand Ulysse fut descendu chez ceux qui ne respi­raient plus, s’entretenant avec des ombres célè­bres et nombreuses, il ne désira pas voir leur reine. »

Pourquoi Ulysse ne voulut-il pas voir la Noc­turne?

Pourquoi Ulysse le Navigateur éprouva-t-il de la haine à rencontre de celle qu’aima avec tant de passion le chevalier Lancelot ?

Pourquoi Jésus ne voulut-il rien dire de ce qu’il avait vu chez les morts ?

Puis Dante prit le chemin d’Owein, de Tungdal, de Drychtelm, d’Enée, d’Ulysse, de Gilgamesh et il descendit à son tour.

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Pascal Quignard
La barque silencieuse

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Hèracles, Admet, Dionís, Orfeu, Tirèsias, descendiren a l’Hades i en retornaren. Al seu retorn contaren el que hi havien vist. Relataven tal com podien, amb paraules, les cares trasbalsadores que hi havien retrobat, la vella llum negra, tota l’antiga tendresa. Jesús va baixar als Inferns com els altres herois. Però no sabem res dels Inferns de Jesús. És l’únic heroi que no té ni la força ni el valor per explicar als vius la seva visita a l’estatge dels morts.

Aristó feu notar també als grecs: “Quan Ulisses va baixar a l’estatge dels que ja no respiraven, parlant amb ombres cèlebres i nombroses, no tingué el desig de veure la seva reina. “

Per què Ulisses no volgué veure la Nocturna?

Per què Jesús no va voler dir res del que havia vist entre els morts?

Perquè Ulisses el Navegant  va abominar de trobar-se amb aquella a qui amb tanta passió estimà Sir Lancelot?

Posteriorment Dant va emprendre el camí d’Owein, de Tungdal, de Drichtelm, d’Eneas, d’Ulisses, de Guilgameix i feu la seva davallada.

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pascal-quignard-la-barque-silencieusePascal Quignard

La barque silencieuse
Dernier royaume, IV

Col. folio, 5.262
Gallimard. 2014
ISBN : 9782070437382

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Ulisses en Anise Koltz i Anna Montero

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Anise koltz

Anise Koltz ( Eich, commune de Luxembourg, 1928)

NE REVIENS PAS ULYSSE …
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Ne reviens pas Ulysse

Je me méfie du chien enragé
qui garde ton coeur

J’ai peur de tes filets
dans lesquels je me débats
de ton nom qui fait saigner ma bouche

Disparais avec le soleil
derrière les collines

Ne reviens pas Ulysse
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Anise Koltz

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No tornis, Ulisses // Em malfio del gos rabiós / que guarda el teu cor // Tinc por de la teva xarxa / en la que en regiro / del teu nom que fa sagnar-me la boca // Desapareix amb el sol / darrere els turons // No tornis, Ulisses.

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ULISSES

Anna Montero (Logronyo, 1954)

Anna Montero (Logronyo, 1954)

he vist passar les restes del món a la deriva
com el meu cos sobre les teues aigües.
d’illa en illa torne cap als records.
de pell en pell navegue
els cossos marcits d’aquelles
que foren belles i que foren meues.
reclame el dret a plorar
com un home entre les teues cuixes.
reclame el dret a morir
una mica en cada abraçada
o a enfonsar-me en els avencs
d’un retorn impossible.
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Anna Montero

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Anna Montero, sobre la poesia d’Anise Koltz:

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La poesia d’Anise Koltz fa pensar en la mirada d’un entomòleg que analitzara una colònia d’insectes estranys. Però seria un entomòleg alhora lúcid i desencantat, que no sabria mirar els seus espècimens sense pena ni desesperació davant la seua condició miserable. Anise Koltz, des dels seus setanta anys, llança els seus poemes dins de l’estany de la realitat i en somou les capes més profundes. Ens els ofereix, en paraules seues, com un got d’aigua, no per refrescar-nos, sinó per presentar-nos un llac on ens enfonsarem a pic. Quatre temes recorren els darrers poemaris: el sentiment d’estranyesa davant un món cada cop més incomprensible; l’absència de Déu o la seua mort a mans de l’home, que l’havia creat a la seua imatge; la funció del poema, el seu retorn inexorable cap al silenci d’on va sorgir; i la mort omnipresent. La pròpia mort acceptada sense resignació. La mort de l’espòs, que només el poema pot esborrar en actualitzar l’espai de la passió amorosa en el seu present infinit. La mort dels pares (de la mare, sobretot), que no fa desaparèixer la seua presència d’animals de presa. La reflexió poètica, la recerca del poema, al capdavall únic refugi de la consciència ferida. Hi ha lluita en les pàgines d’Anise Koltz, hi ha sang, la de la ferida que no es tanca, com la sal oberta de Maria-Mercè Marçal, i de la qual brolla coneixement i bellesa, és a dir, poesia.

Anna Montero

Revista Caràcters. 2004, nº 28

Les sirenes a l’Elpènor de Jean Giraudoux

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Jean Giraudoux - Elpénor 2

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Elpénor est un récit; et c’est une œuvre de jeunesse. Une première édition a paru en 1919; puis Giraudoux a ajouté une suite, et le vrai Elpénor, complet, a paru en 1926. Les souve­nirs des études de jeunesse sont encore frais; et cet ouvrage charmant se présente comme une plaisanterie — en argot de l’École Normale, on dirait un «canular».

Le héros, les personnages, les aventures, tout vient tout droit de l’Odyssée, Mais, en un sens, c’est une contre-Odyssée, puis-qu’au lieu de se dérouler essentiellement autour d’Ulysse, le récit est dédié au matelot dont Homère précise qu’il ne se distingua jamais ni par sa valeur ni par sa prudence. Et l’épi­sode final, qui correspond à l’arrivée d’Ulysse chez les Phéaciens, imagine qu’Elpénor arrive à la place d’Ulysse et que les Phéaciens, prévenus, lui offrent en vain des épreuves où il de­vrait se déclarer, mais où il échoue toujours.

Une contre-Odyssée, donc. Et une œuvre qui se sert d’Ho­mère pour refuser résolument tout grandissement épique, choisissant bien plutôt l’humain et le quotidien. Déjà se dessine une philosophie: le choix de Giraudoux ici sera ailleurs celui de son Alcmène…

Mais le récit est aussi une contre-Odyssée par son ton et sa fantaisie.

L’irrévérence est partout. Giraudoux s’amuse à mêler l’an­tique et le moderne, l’épique et le familier. Le récit est coupé de bouts rimes — du genre de l’épigramme qu’Elpénor est censé avoir composée pour Hercule:

Hercule — parlons moins fort ! —
A tué le lion de Belfort.

Ou bien l’on trouve des plaisanteries d’étudiant — comme lorsque Giraudoux écrit : «Le Cyclope se frappa le front — sur le côté comme font les Cyclopes quand ils ont une idée.»

Certes, il n’y a là rien de très nouveau. On a commencé dès l’époque d’Homère à faire des farces sur l’épopée : témoin ce Combat des rats et des grenouilles, que l’Antiquité prenait par­fois pour une œuvre d’Homère! On a continué à toutes les époques — comme la Belle Hélène est là pour nous le rappeler. Et Giraudoux n’est ni le premier ni le dernier à avoir ainsi plaisanté au XXe siècle.

Mais son originalité est d’avoir associé à ce ton de plaisan­terie et d’anachronisme toute une vie concrète, très familière, mais poétique, avec des saveurs, des odeurs, des couleurs — comme ces larmes d’espoir que verse le Cyclope : «Elles tom­baient dans le seau où le lait caillait, et il fit ce jour-là le plus délicieux de ses fromages.» L’exemple prouve aussi qu’avec cette poésie concrète vient la tendresse. Alors que l’on re­trouve, par exemple chez Gide ou chez Anouilh, les procédés de la modernisation, du jeu intellectuel, de l’anachronisme, cette présence d’un monde humain nimbé de poésie est propre à Giraudoux et donne à son ton un attrait sans pareil. C’est un peu comme la buée légère qui enveloppe un fruit jamais encore touché. C’est aussi comme un perpétuel clin d’œil, qui se mo­querait mais rayonnerait d’indulgence, qui toucherait ensemble l’esprit et le cœur.

De fait, la moquerie et la poésie naissent ici d’un même sentiment de connivence et d’amitié avec ces œuvres grecques dont la jeunesse de Giraudoux fut nourrie.

[…]

Jacqueline de Romilly
L’amitié de Giraudoux avec l’hellénisme: Elpénor

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Las sirenas

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Jean Giraudoux - Muesrtes de Elpenor

Bogaba la nave a la deriva. Los remeros habían rodado bajo sus bancos, ebrios, mas esta vez de fatiga. ¡Veinte años duraba el banquete de Tro­ya! Y los tripulantes lamentábanse con el menor estrépito posible, mientras masticaban menudos cordajes para engañar el hambre y la sed, pero re­sueltos a no moverse por nada del mundo. Enton­ces, el sagaz Ulises hizo tocar por Perimedes la corneta que los congregaba para la cena y todos se abalanzaron, excepto, como siempre, Elpenor, que adquirió de los Lotofagos el hábito de fu­mar, derrumbado en el entrepuente.

—¡Qué maravilloso banquete se apresta!… — clamaban los marineros—. ¡Oh, Ulises, tú, en quien hasta el silencio promete, cuanto más nos valdrá la de tu trompeta!… ¡Ya no sentimos sed, hijo de Laertes, pues un agua deliciosa nos inva­de la boca!

Así dijeron mientras repiqueteaban con los cu­biertos contra los escudos, pues los platos peque­ños habían desaparecido durante el largo asedio.

—¡Ay! —dijo Ulises— para un banquete la trom­peta nos congrega ¡mas no será el vuestro!… Nos reúne para pitanza de los monstruos ante los cuales nos hará desfilar de inmediato el tapiz mo­vedizo del mar. Dentro de una hora nos encontraremos al alcance de las tres sirenas. Tras hora y media pasaremos a la vera de la ignoble perra, la divina Scylla. Dentro de dos, si alguien entre nosotros perdura, desfilará ante el infecto Caribdis, a los dioses semejantes.

El entusiasmo de los tripulantes no conoció lí­mites.

—Rey de Itaca —clamaron— lo habíamos su­puesto: tus mismas promesas sobrepasas.

Ulises rehusó las alabanzas.

—¡Camaradas! —se lamentó Ulises— ¡Amados compañeros!. . . Seis de entre vosotros, mis seis favoritos, los seis más valerosos, serán devorados de inmediato por las sirenas.. .

Mas los compañeros de Ulises acogieron sin temblar la infausta nueva.

—¡Ay! —repusieron en coro— ¿Por qué no se­remos esos seis privilegiados?… ¡Es grato pere­cer para salvar a los hermanos!… Ulises, no nos honres con tu preferencia… Tú, que descubris­te a Aquiles bajo atavíos de mujer, habrás sin duda entrevisto bajo nuestras armaduras almas femeninas… ¡Ay! ¿Por qué somos cobardes?… Abriguemos, por lo menos, el valor de recono­cerlo… Nos satisfaceremos escuchando el cántico de las sirenas… Dicen que la música engaña el hambre.

—¡Guárdense muy bien de hacerlo!… —repu­so el hijo de Laertes—. Tan sólo yo, al mástil amarrado, gozaré del deplorable llamado… La tripulación remará, tapadas las orejas con trozos de cera. Siempre que sea posible encontrarla aún…

—¡Oh, Ulises —replicaron los marineros— bas­taría para hallarla seguir las abejas innumerables que sin reposo pasan entre tus labios!…

Después, precipitáronse a la despensa, donde, en cajas de bizcochos, conservaban trozos de cera para tapar los agujeros que en el casco del navio horadan los gusanos del mar. A su retorno vie­ron a Ulises buscando afanosamente la cuerda que debía ligarlo al palo mayor. Irritábase sin hallarla.

—Ulises —le dijeron— sólo existe una cuerda sólida. Es la que desliza tu palabra alrededor del cuello del auditorio y lo trueca por siempre en tu prisionero.

Hablando, afanábanse por unir los trozos dis­persos de cordel, su único alimento.

Era tiempo. Ya elevábase la costa Trinacria, palpitante y como si naciera. No habían terminado de llegar a sus bancos cuando las seis cabezas de Scylla —espantosos dedos de una mano con exce­so perfecta—, arrebataron seis de los marineros. Ulises, junto al mástil, los vio volar, saludándolo por encima de su cabeza.

—Es hermoso —gritaban— morir víctimas de las sirenas.

Cuidóse de desengañarlos el rey de Itaca. An­sioso por verlos satisfechos, simuló una sonrisa ante el fin horroroso. Suele ocurrir lo mismo en las ciudades cuando los jóvenes, extraviados por una mujer sin pudor, creen hasta lo postrimero de la ancianidad haber sido las víctimas del amor en persona. ¡Que la ignominia caiga sobre quienes los saquen de su error!… Mas ya Caribdis inun­daba la cubierta, la trirreme íntegra, de bilis, san­gre y baba…

Por fin surgieron las sirenas. Cada una de ellas erguíase sobre un promontorio y, totalmente des­nuda, agitaba con desgana su túnica como el náu­frago protestante y pudibundo que hubiera debi­do desvestirse para atraer al salvador. La prime­ra era rubia, la segunda morena, la tercera pe­lirroja. Eran los colores que prefería el hijo de Laertes entre las mujeres y ya tendía hacia ellas sus brazos venerables cuando se dejaron oir. Mas, precisamente ese día, melancólicas, como suele ocurrirle a las poetisas cuando las han desengaña­do los poetas, no las enfurecía el odio contra los navegantes, los exploradores, los inventores… Por lo contrario, sentíanse inclinadas a revelar a esos timoneles sus divinos secretos.

—Ulises amado —cantó la primera de ellas—, si llevas tu navio hasta más allá de las columnas de Hércules, si vogas durante treinta días y treinta noches —hasta haber costeado una isla lo bastan­te ancha como para que mujeres de ojos de fue­go tiendan de través sus hamacas—, llegarás a un continente nuevo donde salvajes rojos con plu­mas tricolores cabalgan los cocodrilos: ellos los llaman caimanes. Entonces, una tarde, contem­plando como surge la vela del navío antes del casco, germinará en tu mente la idea de que la tierra es redonda.

Mas Ulises no lograba oiría, pues los tripulan­tes, para aligerar el remo, entonaban a plena voz el elogio del Catoblepas, que, cuando acosábale el hambre, con sus propios pies se nutría. Traspues­to el promontorio, cada hilera de remeros liberó el oído del lado de Ulises de su tapón de cera.

—Amo nuestro —gritaron— ¿qué te dijo la sire­na?… Convulso de placer, doblabas el mástil co­mo a un junco.

—¡Un cántico realmente divino!… —mintió Ulises, ansioso por no defraudarlos—. Amigos, es­cuchad la copla hechicera:

“¡Oh, dueño de la luz, oh esplendoroso
duque en la claridad, lámpara pura,
tómate a mí, sirena, en tu ardoroso
lecho de brasas donde el luego dura!”

Pronto, tapaos los oidos; llegamos al segundo promontorio…

—Ulises amado —cantó la segunda sirena— re­clínate un día bajo el manzano y contempla caer sus frutos. Quizá, entonces, un relámpago atra­viese tu cerebro. Distráete, también, observando lo que ocurre si mezclas el carbón de madera api­sonado con salitre común. En un tubo de bronce, en sus extremos horadado, raya el alma del tubo si tu enemigo está lejos, vierte tu mezcla, introduce después una bola de piedra y  enciéndelo con ayuda de una mecha inflamada.

Pero el cantar de los marineros cubría su voz:

— ¡Necio el hambriento que sólo de manjares se preocupa! —vociferaban—. Arranquemos su recuerdo de nuestro pensamiento, como se arran­ca del buey inmolado los inmensos pulmones, el suculento hígado y la entraña nutrida… Basta de aludir en nuestros cantos a los higos que esta­llan sobre Baco como divinos parásitos atiborra­dos de púrpura. Olvidemos las tenebrosas uvas, pendientes de la vid como racimos de almejas… ¡Ni una palabra pronunciemos que a los peces re­cuerde!… ¡Y si alguien nos pregunta, oh, camaradas, por la miel y el vino y la cuajada, juremos no conocerlas!… Mas, traspuesto ya el islote ¿qué dijo la segunda sirena? Ulises, nadaban en lágri­mas tus ojos y las uñas ensangrentaban tu pecho. ¿Insultó acaso tu prestigio?

— Tan sólo injurió mi alma modesta, —repuso Ulises—. Rubia era y lo hizo con malicia. Sabed como esgrimió la alabanza indirecta:

“Me disgusta, divino;
lo abomino, adorable,
¡Te amo, oh detestable,
efímero y cetrino!”

—Ulises ¿cómo pudiste resistir tan bello madri­gal?… ¡Déjanos, déjanos doblar el nudo de tus cuerdas!

Así clamando ensordecieron de nuevo los oidos del héroe, pues ya, resplandeciente, la tercera si­rena, la pelirroja, giraba sobre su promontorio como la luz de un faro.

—Ulises —cantaba— ¿ansias que tus hazañas no perezcan?… Inventa, entonces, signos que sean imagen de las palabras o de fragmentos de ellas. Grábalos, —al revés, no es preciso aclarártelo—, sobre una plancha de madera o de cobre. Cúbre­lo todo con un aceite oscuro y aprieta el molde contra un tejido. Si deseas vengarte de Aquiles, no grabes su nombre en el metal y no habrá Ilíada.

Pero los marineros vociferaban hasta desgañitarse.

—Saturno nutríase de piedras con pañales, mas no se encuentran rocas sobre el cambiante mar… Ulises, uno de tus ojos salíase de su órbita y rete­nías en vano sobre tu cuerpo las vestiduras que arrebataba el viento… ¿Osó esa pelirroja insul­tar tu pudor?

—Camaradas —suspiró Ulises desganado y sin deseos de improvisar—. ¡Cuan delicioso!…

—¡Felices sirenas —prorrumpió el coro deliran­te— felices sirenas que tienen a Ulises por eco!… ¿Qué dijo esa hechicera?

—¿Qué dijo?… —repitió Ulises, corto ya de inspiración—. Me dijo… me dijo prefiriendo a la rima la asonancia… moduló simplemente:

“Ulises
Caribdis
Sirena
Trirreme.”

—¡Qué himno prodigioso!… —comentó la tri­pulación defraudada.

Pero Ulises recobraba, a falta de un poema iné­dito, fragmentos de las odas aprendidas de su maestro y juzgó útil para su nombradía dejar a su auditorio bajo una impresión más brillante.

—Verdad es, marineros, que esos versos parecen mediocres modulados por la voz humana. Mas, es­cuchándolos, a ellos no se los oía. Las cuatro pa­labras de la sirena pelirroja, al llegar al oído, transfigurábanse de improviso en un cantar ex­traño que oprimía el corazón y, cada una de ellas abría el cerrojo de una época distinta. Arreba­tado lejos de la Hélade y de nuestros tiempos heroicos, veíase, dentro de tres mil años, sobre la tierra tapizada de las Galias, un pueblecito sin al­calde e insondable amor por la pesca del cangrejo y la caza del huevo de Pascua en las verdes pra­deras saturaba el alma de mortal ansiedad.

Escuchad este fragmento —tan irreal, luminoso, logrado a costa de irradiaciones y reflejos— que para alabarlo es preciso usar vocablos de óptica:

“Veo de Bellac
la triste abadía,
el Mail y ese lago
que no existe;

Y veo también
a Otoño en persona
soplar en un cuerno,
que no suena;

¡Ferias del estío!
Y tía Solange
odia al invitado,
que no come.

Mi juventud…—¡Dios,
sabe sin encanto!… —
de un corazón seco
extrae esta lágrima.”

—¡Qué reflejo!… ¡Qué prisma!… ¡Qué ful­gor!… —exclamaron los marineros de Ulises que, sabiéndolo por sobre todas las cosas deseoso de re­citar sus epigramas, proponíanse lisonjearlo—. ¿Oh, rey de Itaca, no es acaso verdad que el segundo canto, como el espejo ante el espejo, apenas po­sado en el alma y por ella violentamente rechaza­do, transformábase en un estallido de risa de la sirena y se la hubiera creído recitando versos fes­tivos?

—Precisamente ¡oh, griegos sagaces! —replicó Ulises caído en la trampa—, creíase oir un epigra­ma. La sirena aludía a esa obesa danzarina que tuve ocasión de ver en el teatro de Colonna y bajo cuyo andar crujía la escena. Es el producto de la constante rivalidad de bailarinas y cantan­tes. Así decía:

“¿Por qué Eva, bailarina,
jamás a Colonna va
y no danza en esa escena?:
¡La acústica la encadena!”

Mas ya la tripulación adormilábase, hasta tal punto exhausta que ni siquiera pensó en desatar las ligaduras de Ulises —¡su único alimento!— ni en arrancarse los tapones de cera… El navio bo­gaba, sin más oidos que para las olas; y Ulises oía, sin que nadie se lo impidiera esta vez, la voz terrible del océano, la cuarta sirena. Contento de hallarse maniatado, opreso por vaga sensación de culpa, despreciaba de pronto a los poetas, gentes que se enorgullecen de escuchar las musas y a quienes sólo llega a sus oidos el clamor de los hombres.

—¡Por lo menos —reflexionaba— las he visto!…

No se veía la costa. El sol poniente iluminaba el flanco de estribor de la nave y el derecho de los tripulantes, ese rozado por las mismas sirenas; y perduraba sobre ellos el enrojecimiento como sobre el brazo inocente que rasguñaron las ortigas. La popa estaba cubierta de inmundicia; de sangre la proa. Pendían las velas, sucias de fango y de espuma…

Fué entonces cuando Elpenor, finalizada su pi­pa, ascendió del entrepuente. La tempestad ase­diaba el navio. Vacilante sobre sus piernas inse­guras, sonreía. Alabó, entonces, al cielo, por haberle dispensado una calma jornada y una noche apacible. Y dijo, mientras sus ojos vagaban des­de la proa al timón:

—¡Bello y amado navio!… ¡Cuan limpio y re­luciente eres!… ¡Cuánto se alegraría contem­plándolo nuestra prima la intendente, Euriclea, hija de Ops, nacida a su vez de Pisenor!…

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Jean Giraudoux
Muertes de Elpenor
Traducció de Julio Ellena de la Sota

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giraudoux

Jean Giraudoux (Belac, Alta Viena, 1882 – París, 1944)

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Les sirènes

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Jean Giraudoux - Elpénor

Le navire allait à la dérive, car les ra­meurs avaient roulé sous leur banc, ivres, mais de fatigue. C’est que le banquet de Troie avait duré vingt ans. Ils se lamen­taient, le moins bruyamment possible, mâchant de menus cordages pour tromper leur faim, leur soif, et ils étaient résolus de leur vie à ne plus bouger. Alors l’astu­cieux Ulysse fit sonner par Perimède la trompette des repas, et tous s’élancèrent, à l’exception toutefois d’Elpénor, qui avait pris des Lotophages la coutume de fumer, affalé dans l’entrepont…

— Quel merveilleux repas pour nous s’apprête! criaient les matelots. O Ulysse, toi qui tiens les promesses mêmes de ton silence, que ne vaudra pas la promesse de ta trompette ! Voilà déjà que nous n’avons plus soif, ô fils de Laerte, une eau délectable nous montant à la bouche!

Ils dirent et tapaient de leurs cuillers contre leurs boucliers, toutes assiettes moindres ayant disparu au cours du siège.

— Hélas, dit Ulysse, c’est bien un repas que la trompette a sonné, mais pas le vôtre. C’est le repas des monstres devant lesquels nous fera défiler aujourd’hui le tapis rou­lant de la mer. Dans une heure nous pas­sons à portée de voix des sirènes; dans une heure et demie au large de l’ignoble chienne, la divine Scylla; dans deux heures, s’il en reste, devant l’infect Charybde, semblable aux dieux!

L’enthousiasme de l’équipage ne connut plus de bornes :

— O Roi d’Ithaque, cria-t-il, nous l’avions dit! Tu surpasses tes promessesmêmes.

Mais Ulysse refusa leur louange:

— O mes chers compagnons, gémit-il, six d’entre vous, mes six favoris, les six plus courageux, vont être dans l’instant dévorés par les sirènes…

Mais ils reçurent sans trembler la fatale nouvelle:

— Hélas! crièrent-ils d’une voix, pour­ quoi ne sommes-nous pas ces six favoris? Il est doux de périr pour sauver ses frères! Mais, ô divin Ulysse, tu ne nous honores point de ta préférence, à juste titre, et toi qui découvris Achille sous des robes, tu as su, sous nos armures, découvrir des âmes femelles. Hélas! Pourquoi sommes-nous lâches? Ayons du moins le courage de notre lâcheté. Nous nous contenterons donc d’écouter le chant des sirènes, la musique, dit-on, trompe la faim!

— Gardez-vous-en bien! répartit le fils de Laerte. Seul, attaché au mât, je jouirai de leur déplorable appel. Vous autres rame­rez, les oreilles bouchées par des tampons de cire. Si toutefois vous trouvez de la cire!

— O Ulysse, s’écrièrent les matelots, il sulht de suivre jusqu’à leur ruche les innom­brables abeilles qui sans répit paissent tes lèvres!

Ils dirent et se précipitèrent à la cam­buse, où, dans des boîtes de biscuits, ils conservaient les blocs de cire dont on comble les trous que les vers de mer per­cent dans la coque. Déjà ils revenaient, et voyaient Ulysse chercher vainement les cordes qui devaient le lier au grand mât, n’en point trouver, s’en irriter:

— O Ulysse, crièrent-ils, ils n’est qu’une corde solide, celle que ta parole passe au col de tes auditeurs, et pour jamais ils sont tes prisonniers!

Et cependant ils s’empressaient de réu­nir par des noeuds les morceaux épars de cordages, leur seul repas.

Il était temps. Déjà s’élevait la côte trinacrienne, palpitante et comme si elle naissait. A peine regagnaient-ils leurs bancs que les six têtes de Scylla, effroyables doigts d’une main trop complète, hapèrent six matelots. Ulysse de son mât les vit voler au-dessus de sa tête, et ils le sa­luaient!

— Il est beau, criaient-ils, de mourir victimes des sirènes!

Le roi d’Ithaque se gardait de les dé­tromper, et, les voulant heureux, il feignait de sourire à leur fin honorable. C’est ainsi, dans les villes, que les jeunes gens égarés par une fille sans vergogne croient jusqu’à leur dernière vieillesse avoir été victimes de l’amour lui-même, et honte à qui les tire de l’erreur! Mais déjà Charybde inon­dait le carré, la trirème entière, de bile, de sang et de bave.

Enfin les sirènes apparurent. Chacune était debout sur un promontoire, et, toute nue, agitant maussadement son péplum, semblait une naufragée protestante et pudi­bonde qui dût se dévêtir pour appeler le sauveteur. La première était blonde, la se­conde brune, la troisième rousse: c’étaient les couleurs que le fils de Laerte préférait chez les femmes et déjà il tendait vers elles ses bras vénérables. Alors s’élevèrent leurs voix. Mais ce jour-là, mélancoliques, et comme parfois les poétesses quand les poètes les ont déçues, elles ne se sentaient point de haine pour les navigateurs, les explorateurs, les ingénieurs, et résolurent au contraire de révéler à ces timonniers leurs secrets divins.

— Cher Ulysse, chanta la première, si poussant ton bateau au delà des colonnes d’Hercule, tu vogues trente jours et trente nuits, après qu’il aura côtoyé une île longue, mais juste assez large pour que les femmes aux yeux de feu tendent en travers leurs hamacs, tu aborderas un nou­veau continent, où des sauvages rouges coiffés de plumes tricolores s’asseyent sur des crocodiles (là-bas appelle-les caïmans), et un soir, voyant la voile d’un navire avant sa coque, l’idée te viendra que la terre est ronde!

Mais Ulysse ne pouvait entendre, car les matelots, pour alléger la rame, avaient entonné l’éloge du Katablépas qui se nourrit, quand il a faim, de ses propres pieds. Puis, doublé le promontoire, chaque bord enleva, de l’oreille qui donnait sur Ulysse, le petit tampon de cire.

— O maître, criaient-ils, que t’a dit la sirène ? Tu te convulsais de désir, le mât se courbait comme un jonc…

— Un chant divin! répliqua Ulysse, car il ne voulait point les décevoir. O mes amis, écoutez ce couplet enchanteur:

Ulysse, empereur des lumières,
Lampe des yeux, duc des clairières,
Si brillant, si bel et poli,
Prends-moi Sirène dans ton lit!

Mais rebouchez vos oreilles, camarades, hâtez-vous, voici le second promon­toire!

— Cher Ulysse, chanta la seconde sirène. Etends-toi un jour sous un pommier et regarde tomber les pommes. Peut-être un éclair traversera-t-il alors ton cerveau. Ou encore amuse-toi, pour voir, à mélanger du charbon de bois pilé avec du salpêtre vulgaire. Dans un tube de bronze foré aux deux bouts (rayes-en l’âme si ton ennemi est plus loin), verse ta mixture, un boulet de pierre et enflamme le tout, par aide d’une mèche allumée.

Mais le chœur des matelots couvrait sa voix:

—  Il est stupide pour un affamé, criaient-ils, de parler toujours de repas! Tirons de notre pensée, comme on le fait du bœuf assommé, les larges poumons, les foies succulents et la nombreuse fraise! Plus d’allusions dans nos chants aux figues, qui éclatent sur Bacchus comme de divins parasites gorgés de pourpre, aux raisins noirs qui pendent aux treilles comme des grappes de moules! Pas un mot d’ailleurs des poissons ! Pour le vin et pour le miel, pour la crème et pour le caillé, affirmons, ô mes camarades, que jamais nous n’en avons vu… Mais le cap est dou­blé, ô Ulysse, que t’a dit la seconde sirène? Tes yeux nageaient dans les larmes, de tes ongles tu ensanglantais ta poitrine… Aurait-elle insulté ta gloire?

— Elle n’insulta que mon âme modeste, répartit Ulysse. Aussi bien elle le fit avec malice: c’est la blonde. Ecoutez, écoutez comme elle manie la louange indirecte:

Moi je déteste l’adorable,
Le divin me déplaît,
O qui es-tu, toi que j’adore,
Mortel et laid!

—O Ulysse, clama l’équipage, comment as-tu pu résister à ce madrigal! O laisse-nous, laisse-nous, faire un double nœud à tes cordages!

Ils dirent et assourdirent à nouveau leurs oreilles, car déjà, étincelante, la troi­sième sirène tournait sur son cap comme le jet d’un phare.

— O Ulysse, chantait-elle. Veux-tu que tes exploits ne périssent jamais ? Conviens alors de signes qui seront l’image des mots ou des fragments de ces mots mêmes. Grave-les, à l’envers il va sans dire, dans une table de bois ou de cuivre, enduis le tout d’une huile noire, et presse-le contre un tissu. Si tu veux te venger d’Achille, ne traduis point son nom dans le métal, et il n’y aura pas d’Iliade!

Mais les matelots clamaient à perdre haleine:

— Saturne se nourrissait de bornes emmaillotées, mais il n’est même pas de bornes sur la route changeante des flots!.. O Ulysse, un de tes yeux sortait, et tu rap­pelais en vain sur ton corps le voile qu’en écartait le vent. Cette rousse aurait-elle insulté ta pudeur?

— O mes compagnons, soupira le roi d’Ithaque, soudain las d’improviser, quelles délices!

— Heureuses sirènes, cria le chœur déli­rant, heureuses sirènes qui ont Ulysse pour écho. 0 Ulysse, qu’a dit cette enchan­teresse?

—   Ce qu’elle a dit? répéta Ulysse, cette fois court d’inspiration… Elle a dit… elle a dit… préférant aux rimes l’assonance; elle a dit simplement:

Ulysse
Charybde
Sirène
Trirème

— Quel hymne merveilleux ! cria l’équi­ page déçu.

Mais Ulysse auquel revenait, à défaut d’un poème inédit, la mémoire et les frag­ments des odelettes apprises de son maître, crut utile pour son prestige de laisser ses sujets sous une plus brillante impression.

— Certes vous avez raison, ô matelots, reprit-il, et ces quatre vers semblent mé­diocres, répétés par l’humaine voix. Mais, aussi, en les entendant, ce n’est pas eux qu’on entendait. Les quatre mots de la sirène rousse, parvenus à votre oreille, devenaient soudain un chant étrange, et qui rongeait le cœur, et chacun ouvrait la serrure d’une époque inconnue. Portés loin de la Grèce et de nos temps illustres, on se voyait, dans trois mille ans, sur la terre tapissée des Gaules, dans une bour­gade sans préfet, et un insondable goût pour les pèches à l’écrevisse, la chasse aux œufs de Pâques par des vertes prairies donnait à l’âme un mouvement mortel! Voici ce petit morceau, et pour le louer, tant il semble irréel, lumineux, obtenu par des reflets et des rayons, on ne peut guère employer que les mots d’optique…

Je vois de Bellac
l’abbatiale triste,
le Mail, et ce lac
(Qui n’existe !)
.
Et je vois encor
L’automne en personne
Sonner dans un cor
Qui ne sonne;
.
La foire d’été;
et tante Solange
haïr l’invité
Qui ne mange;
.
Ma jeunesse avec,
Qui, — Dieu sait sans charme ! —
Tire d’un coeur sec
Cette larme!

— Quel reflet ! Quel prisme. Quel foyer! criaient les matelots, qui avaient compris la ruse d’Ulysse, et, sachant qu’il aimait surtout placer ses épigrammes, qui déci­daient de le flatter… Mais, ô roi d’Ithaque, comme le reflet d’un miroir dans des mi­roirs, est-ce que ce second chant, à peine posé sur l’âme, par elle violemment rejeté, ne devenait pas un éclat de rire de la sirène et ne croyait-on pas entendre des vers badins et moqueurs ?

— Justement, ô Grecs astucieux, reprit Ulysse, qui donna dans le piège, on croyait entendre une épigramme! La sirène pre­nait à partie cette lourde danseuse que j’eus jadis l’occasion de voir au Théâtre de Colonne, et sous laquelle la scène cra­quait: c’est là la vieille haine des chan­teuses et du ballet. D’où vient, disait-elle :

D’où vient que la danseuse Eva
Jamais à Colonne ne va
Et ne danse sur cette scène?
C’est que l’acoustique la gène!

Mais déjà l’équipage somnolait, à ce point épuisé qu’il ne songeait à dénouer les cordages d’Ulysse, pourtant son seul repas, ni à arracher les tampons de cire. Ce navire qui voguait n’avait plus d’oreilles pour les flots, et seul Ulysse entendait, tout à loisir cette fois, la voix terrible de l’Océan, quatrième sirène. Heureux d’être attaché, comme s’il se sentait cou­pable, il méprisait soudain les poètes, qui se vantent d’ouïr les Muses et n’ont dans les oreilles que la clameur des hommes.

— Du moins, disait-il, je les ai vues…

Toute terre avait disparu; le soleil cou­chant illuminait tout le flanc tribord du navire, le flanc droit des matelots, celui-là qui avait frôlé les sirènes, et il restait d’elles ce rougeoiment, comme sur le bras candide qui frôla les orties. La poupe n’était plus qu’immondice, la proue n’était que sang. Les voiles traînaient, souillées de limon et d’écume… C’est alors qu’Elpénor, sa pipe achevée, monta de l’entre­pont. La tempête assaillait la nef. Vacil­lant, il souriait, louait le ciel d’avoir dispensé une journée aussi calme, un soir aussi paisible, et il pensait, lais­sant errer ses yeux de l’avant au gouver­nail:

— Le cher, le beau navire! Ah! qu’il est propre et luisant! Que prendrait de joie à le contempler notre cousine l’inten­dante, Euryclée, fille d’Ops, issu lui-même de Pisénor!

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Jean Giraudoux
Elpénor

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Jean Giraudoux - ElpénorJean Giraudoux

Elpénor

Emile-Paul frères, éditeurs

Paris, 1919

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Jean Giraudoux - Muesrtes de ElpenorJean Giraudoux

Muertes de Elpenor

Traducción de Julio Ellena de la Sota

Ediciones Dintel

Buenos Aires (Argentina), 1957

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«…il allait dans sa nuit et sa nuit allait dans la nuit.» Wajdi Mouawad

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… il marchoit, semblable à la nuit

Iliade, I, 47
Trad. de Madame Dacier

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[…] dans l’instant de ses pas, dans le claquement des talons contre la surface gelée de la route, il était dans son manteau comme, dans le ciel, serait le drapeau de la profonde nuit. Au milieu des maisons, il allait dans sa nuit et sa nuit allait dans la nuit. […]

.Wajdi Mouawad
Anima
[Vulpes vulpes]

Anima fr

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I feia via semblant a la nit.

Ilíada, I, 47
Trad. de Montserrat Ros

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[…] en l’instant dels seus passos, en el repic dels talons contra la superficie gelada del carrer, anava encofurnat en el seu abric com, al cel, aniria l’estendard de la profunda nit. Entre les cases, avançava en la seva nit i la seva nit avançava en la nit. […]

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Wajdi Mouawad
Ànima
[Vulpes vulpes, pàg. 67]
Trad. d’Anna Casassas Figueras

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Ànica cat

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… y él iba avanzando, a la noche semejo.

Ilíada, I, 47
Trad. d’Agustín García Calvo

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[…] en el apremio de sus pasos, en el repiqueteo de los talones sobre la superficie helada de la carretera, se envolvía en el abrigo como se envuelve en el cielo la bandera de la profunda noche. Rodeado de casas, avanzaba en su noche y su noche avanzaba en la noche. […]

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Wajdi Mouawad
Ánima
[Vulpes vulpes]
Trad. de Pablo Martín Sánchez

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Ánima cast
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Ànica catWajdi Mouawad

Ànima

Traducció d’Anna Casassas Figueras

Antípoda, 6
Edicions del Periscopi. 2014
ISBN: 9788494049095

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Naissance de l’Odyssée, de Jean Giono // Julio Cortázar, traductor de Nacimiento de la Odisea

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En l’any del centenari del gran cronopio, Julio Cortázar

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Giono - Nacimiento de la Odisea[…]

Acostado en las retamas, Arquías reía; una risa menuda que recordaba el grito de las pintadas. De­tuvo a Ulises y le mostró el mar.

—Óyeme —dijo—, ¿te acuerdas de aquellas her­mosas islas ceñidas de pinares, entre las cuales co­rríamos? ¿Y aquellas otras negras, batidas por la ola esmaltada… y aquella que nos quebró? No de pie­dra, sino de carne hembra, están hechas las islas. ¿Te acuerdas? Al acercarnos, cuando en el viento llega­ban los pájaros y los perfumes, se nos endurecían los nervios como si doncellitas asomaran frotándose contra el flanco de la carena.

Continuó, interiormente, su discurso. Pero Uli­ses se acordaba:

“¡La vuelta, de isla en isla! ¿No era más bien mujer en mujer? El jabeque venía a colgarse de la liga de los puertos. ¿Podíamos resistir al llamado del amor? El niño Eros corre entre las piernas del que quiere andar derecho, lo traba y lo acuesta entre las malvas.”

En verdad, para Ulises las caídas contaban con su asentimiento; y no se trataba tampoco de ahogar los gritos de su conciencia, ya que esa salvaje había terminado por domesticarse a la larga.

Así, contoneándose, el lento jabeque había dis­currido de mujer en mujer. Si el viento demasiado bajo desgarraba las aguas, si alguna oveja de tem­pestad hinchaba su lana marrón en el cielo, o si so­lamente la muchachita se había vuelto tres veces antes de la esquina. Ulises soltaba la amarra, arro­jaba la sonda, y después de sujetar las velas bajaba al muelle, atraillado detrás de Erca. En su recuerdo, los países eran mujeres.

Julio Cortázar

Julio Cortázar
(Brussel·les, 26 d’agost de 1914 – París, 12 de febrer de 1984)

De Circe se acordaba con menos fatuidad. Sabia, hábil en el acoso, lo había mantenido sin aliento, enloqueciéndolo; a punto de ceder cada vez, con la morena carne ofreciéndose, para separarse luego con gritos y golpes, o con sobresaltos de caderas. Al fi­nal fué dueña de un Ulises enervado, deshecho, ine­xorablemente unido a ella.

Poco a poco, cesó hasta de bajar regularmente al puerto.

Se despertaba ya entrada la mañana; las cortinas de rafia tamizaban el sol, la habitación era como un golfo lleno de un agua de sombra semitransparente, azul, fresca. Fuera, las manos del viento hacían en­trechocarse las granadas.

Alargando la mano un poco hacia la izquierda, tocaba la carne desnuda de Circe.

A veces ella lo enviaba a comprar almejas frescas a los pescadores, o violetas, semejantes a tomates po­dridos pero que tienen el perfume del amor.

Una vez que volvía con las manos cargadas de esos frutos chorreantes y salados, encontró al patrón Fotiades. Trató de esquivarlo por la callejuela de los hornos, pero el otro corrió a retenerlo por un ex­tremo de la túnica.

—¡Eh, amigo, qué raro te has puesto! Te extra­ñamos, sabes… Lidia pregunta todos los días.

Pero, oliendo las almejas, bajó su mirada hasta las manos de Ulises y se puso a sonreír.

Con una sonrisa agria.

¡Ah, sí! — dijo solamente.

Y luego, tocando el brazo de Ulises:

—Dime, ¿las come siempre mondando la conchi­lla con el pulgar? ¿Sí, verdad? ¿Y con uvas verdes?

Suspiró.

—Adiós, amigo —dijo por fin—. Pero oye, baja un poco cuando puedas. Ya ves que te digo: cuan­do puedas. Yo sé lo que es eso.

*   *

El ribazo que llevaba a la casa de Circe prolon­gaba sus ríñones hasta ser casi una isla. En una es­pesura de palmas, a cien pasos de la orilla, un pozo brindaba aguada. Con tiempo tranquilo, el pequeño golfo se llenaba de veleros y barcas; se veía a quie­nes cambiaban de ruta, desde los confines temblo­rosos del mar, para abordarlo y llenar los barriles.

El agua dulce dormía en el fondo de un agujero. Al extremo del largo cable, el cubo subía balan­ceándose entre los musgos.

Cuando asomaba, aquél que había tirado de la cuerda se enjugaba el sudor con una sonrisa de or­gullo. Circe amaba esa agua helada. Ulises venía diariamente a llenar los cántaros.

Julio Cortazar 2Esta vez reconoció contra el brocal los odres de Menelao. Se alegró en secreto por la sorpresa que iba a darle. Lo encontró gordo, relleno como un atún, apacible, vacío de la fiebre corrosiva que lo agitaba espada en mano bajo los muros de Troya. Ahora tenía a Helena hasta hartarse. Un aceite de felicidad fluía de sus ojos. Pero se puso a deplorar los tiempos. Desde su vuelta de la guerra, la vida no era ese Elíseo entrevisto en sueños, por la noche, en las trincheras de guardia. ¡Faltaba tanto! Durante la ausencia, otros hombres habían tajado sus partes en los bienes. Él, un rey, tenía ásperas pendencias con los labradores arrogantes que antaño, en los buenos tiempos, no habrían osado levantar un dedo. Jóvenes sin respeto alguno se atrevían a forzar la puerta de su amante, una pequeña asiática morena como una vaina de algarroba, que Menelao escon­día en un arrabal de Esparta por miedo de Helena.

Poco a poco llegó a contar los excesos de Penélope. Al principio Ulises no quería creer a sus oídos. Apremió a preguntas a Menelao reticente. Éste lo había creído avisado, intentaba vanamente desan­dar sus palabras. Al final le dijo todo: Penélope había tenido amantes, gente joven; luego, ya en­trando en la edad, se había enamorado de un tal Antinoo que la arruinaba y con el cual consumía los bienes. Telémaco, reducido a los peores extremos, había explorado el país en procura de noticias de su padre; ya harto, hablaba de irse a vivir con otros pequeños vagabundos de su edad, resuelto a las peo­res aventuras.

—Es la suerte de todos nosotros — concluyó tris­temente Menelao.

—¡La suerte de todos! ¡La suerte de todos! ¡Muy fácil de decir! ¿Pero por qué a mí? ¿Eh, por qué a mí? ¿Y los cerdos? ¡Ah, si llego a ponerle la mano encima, a ése…!

Y con su látigo de junco hacía en torno de él una masacre de escabiosas.

El recuerdo del crimen de Argos, todavía presen­te en las canciones doloridas, lo llevó a reflexionar. Por encima de la alforja de mentiras, Ulises había cargado siempre con el miedo. Tuvo la brusca vi­sión de un Egisto emboscado en el sombrío corredor. Se vio a sí mismo degollado como un puerco, su vida abierta en un follaje de sangre florecida. Con­sideró como definitivamente perdida a su Penélope, y Penélope se llenó en el mismo instante de toda la belleza del mundo.

Imágenes desagradables lo asaltaron desde enton­ces en el lecho de Circe. Se quedaba desvelado jun­to a ella; una vida cruel animaba la sombra; y veía a su mujer y a Antinoo gimiendo en la dulce tarea del amor.

[…]

Jean Giono
Nacimiento de la Odisea
Traducción de Julio Cortázar

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Giono - Naissance de l'Odissée[…]

Couché dans les genêts, Archias notait : un petit rire qui ressemblait au cri des pintades. Il arrêta Ulysse et, lui montrant la mer :

— Ecoute-moi, dit-il, tu te souviens de ces belles Iles enchappées de pinèdes entre lesquelles nous courions ? Puis des noires battues par la vague émaillée, et de celle qui nous brisa ? Non point de pierres mais de chair fe­melle sont faites les îles. Tu te souviens ? A l’approche, quand dans le vent les oiseaux venaient et les parfums, nos nerfs durcissaient comme si pucellettes eussent jailli, se frottant contre le flanc de la carène.

De là, il continua intérieurement son discours. Mais, Ulysse se souvenait :

« Le retour d’île en île ! N’était-ce pas plutôt de femme en femme ? Le chebec venait se pendre à la glu des ports. Pouvait-on résister à l’appel de l’amour? L’enfant Eros court entre les jambes de celui qui veut marcher droit, l’entrave et le couche dans les mauves. »

Certes, pour Ulysse, les chutes se faisaient avec son agrément; point n’était besoin d’étouffer des hurle­ments de conscience, cette sauvage elle-même s’était à la longue apprivoisée.

Ainsi, se dandinant, le lent chebec avait glissé de femme en femme. Si le vent trop plat déchirait l’eau, si quelque brebis d’orage gonflait sa laine brune dans le ciel, ou seulement si la petite fille s’était retournée trois fois avant le coin de la rue, Ulysse filait l’amarre, jetait les plombs, entrait les voiles, descendait à quai, en laisse derrière Erca. Dans son souvenir, les pays étaient des femmes.

jean_giono

Jean Giono
(30 març 1895 – 8 octubre 1970)

De celle-là, il se souvenait avec moins de fatuité. Sa­vante, entraînée au pourchas, elle l’avait tenu en haleine, l’affolant : chaque fois sur le point de céder, sa large chair ombrée offerte, puis s’arrachant par cris et coups, ou par soubresauts de hanches. Elle avait eu à la fin un Ulysse énervé, mol, lié inexorablement à elle.

Peu à peu, il cessa même de descendre régulièrement au port.

Il s’éveillait tard dans le matin ; les rideaux de raphia tamisaient le soleil, la chambre était comme un bassin plein d’une eau d’ombre semi-transparente, bleue, fraî­che. Dehors, les mains du vent faisaient s’entrechoquer les grenades.

En étendant la main un peu vers la gauche, il touchait la chair nue de Circé.

Parfois, elle l’envoyait chez les pêcheurs pour ache­ter des moules fraîches ou des « violets » pareils à des tomates pourries, mais qui ont l’odeur de l’amour.

Une fois, comme il revenait, les deux mains chargées de ces fruits ruisselants et salés, il rencontra patron Photiadès. Il essaya de s’esquiver par la ruelle des fours, mais, l’autre courut, le retint par un pan de la robe:

— Hé, l’ami, tu deviens rare! On languit, tu sais! Lydia demande chaque jour… » Mais, ayant senti les moules, il baissa ses regards vers les mains d’Ulysse et se mit à sourire.

Un sourire aigre.

— Ah, oui… dit-il seulement.

Puis touchant le bras d’Ulysse :

— Dis-moi, elle les mange toujours en curant la co­quille avec son pouce? Dis? Et avec des grains de raisins verts ? Il soupira.

— Adieu, l’ami, dit-il enfin, écoute-moi: descends un peu, quand tu pourras. Je te dis, quand tu pourras; je sais ce que c’est.

*   *

Le coteau qui portait la maison de Circé allongeait ses reins en presqu’île. Dans une touffe de palmes à cent pas de la rive, un puits donnait aiguade. Par temps calme, le petit golfe s’emplissait de voiliers et de bar­ques : on en voyait qui, des confins tremblants de la mer, pliaient leur route pour aborder et remplir les barils.

L’eau douce dormait au fond d’un trou. Au bout du long câble, la seille montait en se balançant dans les longues mousses.

Quand elle émergeait, celui qui avait tiré la corde es­suyait sa sueur en souriant d’orgueil. Circé aimait cette eau glacée. Ulysse, chaque jour, venait en chercher deux cruches.

Jean Giono 2Cette fois-là, contre la margelle, il reconnut les outres de Ménélas. Il se réjouit en son cœur de la surprise qu’il allait lui faire. Il le retrouva épaissi, gras comme un thon, béat, vidé de cette fièvre rongeuse qui l’agitait, sabre en main sous les murs de Troie. Il avait mainte­nant Hélène tout son saoul. Une huile de bonheur coulait de ses yeux. Mais il se mit à gémir sur les temps. Depuis le retour de la guerre, la vie n’était pas cet Elysée entrevu en rêve, la nuit, dans les tranchées de garde. Tant s’en fallait! Pendant l’absence, d’autres hommes s’étaient taillé larges parts dans les biens. Il avait, lui le roi, d’âpres démêlés avec des laboureurs ar­rogants qui jadis, au bon temps, n’auraient pas osé lever les cils. Des jeunes gens sans respect allaient forcer la porte de sa maîtresse : une petite asiatique brune comme une gousse de caroube et qu’il cachait dans un faubourg de Sparte par peur d’Hélène.

Il en vint peu à peu à conter les débordements de Pé­nélope. Ulysse sur le coup n’en crut pas ses oreilles. Il pressa de questions Ménélas réticent. Celui-ci l’avait cru averti, il essayait vainement de rattraper ses paroles. Enfin, il lui dit tout : elle avait pris des amants, des jeu­nes; puis, l’âge venant, s’était amourachée d’un certain Antinous qui la grugeait et avec lequel elle mangeait son bien. Télémaque, réduit à la portion congrue, avait couru la campagne à la recherche de nouvelles de son père et, de guerre lasse, parlait d’aller vivre avec de petites ganaches de son âge, résolu aux pires aventures.

— Le sort commun, avait conclu tristement Ménélas.

— Le sort commun ! Le sort commun ! C’est vite dit ! mais, pourquoi moi ? Mais alors ? Oui, et les porcs ? A!. si je lui mets la main dessus, à celui-là !…

Et de sa cravache de jonc il faisait autour de lui un massacre de scabieuses.

Le souvenir du crime d’Argos, dont on chantait en­core la complainte, le fit ensuite réfléchir. Par-dessus la besace à mensonges il avait de tout temps porté la peur. Il eut la brusque vision d’un Egisthe embusqué dans le couloir obscur. Il se vit lui-même égorgé comme un porc, sa vie épandue dans une touffe de sang fleuri. Il considéra sa Pénélope comme définitivement perdue. Elle prit au moment même toute la beauté du monde.

Dans le lit de Circé il fut assailli désormais d’images désagréables. Il restait éveillé à côté d’elle; une cruelle vie animait l’ombre : il y voyait sa femme et Antinous geignant le doux travail d’amour !

[…]

Jean Giono
Naissance de l’Odyssée

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Per aprofundir-hi:

Le rideau déchiré de l’épopée dans Naissance de l’Odyssée de Jean Giono, par Sylvie Ballestra-Puech (Université de Nice-Sophia Antipolis)

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Giono - Nacimiento de la OdiseaJean Giono

Nacimiento de la Odisea

Traducción de Julio Cortázar

Ed. Argos

Buenos Aires, 1946.

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Giono - Naissance de l'OdisséeJean Giono

Naissance de l’Odyssée

Les Cahiers Rouges

Grasset, París 2011

ISBN: 9782246123132

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Els noms d’Odisseu: Naide, Nadie, Ningú, Personne, Nissun, Nessuno, Ninguno, Degun, Ninguém, Nimeni, Nisciunu, …

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Asturià

.Xose Gago Odisea

«Á Ciclope, el mio nome famosu entrugéstime; agora

vo dicételu yo; tu’l regalu dame qu’ufiertesti.

Naide ye’l nome mio, Naide ye como só conociu

por mio ma y por mio pá y ente tolos demás compañeros».

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Traducció de Xosé Gago

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Castellà

.Odisea García Gual

»”Cíclope, ¿me preguntas mi ilustre nombre? Pues voy a decírtelo. Mi nombre es Nadie. Nadie me llaman siempre mi madre, mi padre y todos mis camaradas”.

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Traducció de Carlos García Gual

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Català

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Riba L'Odissea»—Cíclop, ¿em preguntes l’il·lustre nom? Vaig a dir-te’l.

Tu, però, fes-me el present que tanmateix, com a hoste,

m’has promès. Doncs em dic Ningú, i Ningú m’anomenen,

sí, la mare i el pare i la colla que m’acompanya.

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Traducció de Carles Riba

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Francès

.Odiysee - Berard

Ulysse. — Tu veux savoir mon nom le plus connu, Cyclope? je m’en vais te le dire; mais tu me donneras le présent annoncé. C’est Personne, mon nom : oui !  mon père et ma mère et tous mes compagnons m’ont surnommé Personne.

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Traducció de Victor Bérard

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Furlà (Friulès)

.Odissee - furlan

“Tu mi dimandis, Ciclop, / il non famôs e jo ben

tal disarai: tu âs di dâmi / il regâl che tu âs prometût.

Nissun” al è il gno non: / Nissun a mi mi clamin

e la mari e il pari / e ducj chei altris compagns”.

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Traducció d’Alessandro Carrozzo i Pierluigo Visintin

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Italià

.Odissea - Paolo Maspero

Dunque, o Ciclope, il mio nome tu chiedi?

Il mio nome io dirò; ma tu poi dammi

Il presente ospital che m’hai promesso.

Nessuno ho nome; me la madre e il padre,

E me Nessuno chiamano gli amici.

.

Traducció de Paolo Maspero

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Ladino

.Odissea - Ladino

“Kiklop, mi nombre famozo kual es demandates? Al punto

te lo dire, i tu dame el dono segun tu prometa.

A mi me yaman Ninguno; Ninguno me yama mi madre,

dito mi padre, i de mizmo todos mis otros kompanyeros.”

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Traducció de Moshe ‘Ha-Elion

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Occità

.L'Oudisseio

—Uiard, me demandes moun noum famous. Te lou dirai, e me faras la douno d’oste que m’as proumesso. Me dison Degun. Moun paire, ma maire, mi coumpan, tóuti me dison Degun.

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Traducció Charloun Riéu

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Portuguès

.Odisseia Lourenço

‘Ó Ciclope, pregustaste como é o meu nome famoso. Vou dizer-to,

e tu dá-me o presente de hospitalidade que prometeste.

Ninguém é como me chamo. Ninguém chamam-me

a minha mãe, o meu pai, e todos os meus companheiros.’

.

Traducció de Frederico Lourenço

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Romanès

.Odysseia romanès

“O, tu, Cyclopule, de mã întrebi de vestitul meu nume,

Am sã ti-l spun : iar tu catã-mi un dar, precum fãgãduit-ai!

Nimeni‘ mã cheamã : doar ‘Nimeni‘ îmi spuserã si mã alintã

Mama si tatãl meu drag, tot la fel ca si ceilalti tovarãsi!”

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Traducció de Dan Slusanschi

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Sard:

.Odissea Rubattu

[…] —Su nomen cherias,

o Ciclope? Però cheret chi sias

cun su ch’as nadu insara puntuale!

Nisciunu babbu e mama m’an giamadu,

Nisciunu amigos cun su parentadu!—

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Versió d’Antoninu Rubattu

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Xose Gago OdiseaOdisea. Homero.

Volume I – Cantos I – XII

Versión asturiana de Xosé Gago.

Trabe. Uviéu, 2007

ISBN: 9788480534727

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Odisea García GualHomero

Odisea.

Versión y prólogo de Carlos García Gual.

Alizanza Editorial. Madrid, 2004.

ISBN: 9788420677507

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Riba L'OdisseaHomer.

L’Odissea. Novament traslladada en versos catalans per

Carles Riba

Editorial Alpha

Barcelona, 1953.

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Odiysee - BerardL’Odyssée 

«Poésie homérique»

Texte établi et traduit par Victor Bérard

Société d¡Édition «Les Belles Lettres»

Paris, 1924

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Odissee - furlanOdissee di Omêr

Traduzion di Alessandro Carrozzo /

Pierluigi Visintin

Kappa Vu. Udine, Friül,  2006

ISBN: 9788889808313

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Odissea - Paolo MasperoOdissea di Omero.

Tradotta da Paolo Maspero
Illustrata da Fanoli e Cenni

Quarta edizione

R. Stabilimento Musicale Ricordi.
Milano, 1880

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Odissea - LadinoOmero

La Odisea (Kantes I-XII)

Trezladada en ladino del grego antiguo por

Moshe ‘Ha-Elion

Yeriot. Maale Adumim, Israel, 2011

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L'OudisseioL’Oudissèio

d’Oumèro

Revirado au provençau pèr Charloun Riéu

Encò de P. Ruat

Marsiho (Marsella), 1907

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Odisseia LourençoHomero

Odisseia.

Traduçao do grego e introdução de Frederico Lourenço

Edições Cotovia. Lisboa, 2003.

ISBN: 9789727952502

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Odysseia romanèsHomer

Odysseia

Traducere in hexametri de Dan Slusanschi

Editura Paideia. Bucaresti, 2009

ISBN: 9789735965020

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Odissea RubattuOdissea

Bortado in limba sarda dae Antoninu Rubattu

Domus de Janas

Selargius (Sardigna), 2005

ISBN: 8888569199

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Aquil·les al gineceu (o Aquil·les i la mentida). Aprendre a ser mortal. J. Gomá i M. Yourcenar

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Aquil·les descobert per Ulisses i Diomedes.
Rubens i taller de Rubens (en especial Van Dyck)
Museu d’El Prado. Madrid

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Quien visite el Museo del Prado podrá contemplar un her­moso y enigmático cuadro de amplio formato resultado de la colaboración de un Rubens maduro y su discípulo Van Dyck, quien en 1618, cuando el cuadro fue pintado, era sólo un ado­lescente en el taller de su maestro. ¿Qué tema escogieron para su colaboración y cómo lo ejecutaron estos dos artistas emi­nentes, cada uno en una etapa distinta del camino de la vida, uno en el apogeo de su capacidad y de su fama, el otro un mu­chacho que ya destaca en su oficio, rebosante de promesas y de incierta emoción? El título del lienzo es Aquiles descubierto por Ulises y muestra a un Aquiles adolescente, de rostro afemi­nado, vestido como una doncella, que, en el centro de la escena, rodeado de mujeres y frente a dos griegos, uno de ellos el astuto Ulises, blande una espada con ademán furioso. ¿Qué hace de aquella guisa, travestido de mujer, en tan insólita compañía, el más grande guerrero de la Antigüedad, el que con razón fue lla­mado el mejor de los griegos, el héroe excelso de la guerra de Troya, cuyas hazañas fueron cantadas por Homero? La cuestión es sobremanera intrigante. Obsérvese además que el mito de Aquiles ha sido un tema poco frecuente en la historia de la pin­tura, y todavía menos las escenas de su época anterior a sus aventuras y lances del ciclo troyano, las de su infancia y juven­tud, de las que Homero prescindió deliberadamente en su epo­peya. Que no fue un hallazgo de la casualidad lo demuestra que el mismo Rubens dedicó a la vida de Aquiles unos años más tarde, entre 1630 y 1635, una serie entera de ocho maravillo­sos tapices. ¿Qué pudo atraer a los dos artistas de un tema se­mejante, tan insólito, tan centrado en un contraste a primera vista pintoresco, exagerado?

Javier Gomá Lanzón (Bilbao, 1965)

El mito cuenta que Tetis, la madre de Aquiles, fue alertada de que éste, aunque, como hijo de diosa, era inmortal, no sólo estaría expuesto a la muerte sino que de hecho moriría si par­ticipaba en la guerra de Troya. Ahora bien, el interés de los grie­gos en que Aquiles se sumara a la armada griega era máximo porque, a su vez, habían sido avisados por el oráculo de que sólo si se aseguraban esa participación del hijo de Tetis obtendrían la victoria militar contra los troyanos. La diosa, indiferente al resultado de la guerra y preocupada tan sólo de la vida de su hijo, ocultó al joven Aquiles donde a nadie se le ocurriría bus­carlo, en el gineceo de la corte de Licomedes en Esciros. Allí, es­condido entre las doncellas como una más de ellas, el futuro héroe pasó los años de su adolescencia meditando sobre su ex­traño destino: una vida corta con gloria o larga sin ella; per­manecer en Esciros para siempre, quizá sin personalidad definida, sin nombre, sin hazañas y sin fama, más bien cuidando de no destacar en nada para no ser descubierto, insolidario con la causa de los griegos, pero con larga vida o aun eterno como un dios; o bien salir del gineceo, ir a Troya, pelear contra los bár­baros asiáticos, contribuir decisivamente a la victoria, descollar entre los demás héroes griegos y merecer gran gloria, pero morir, como un hombre más, y además morir joven, en la primavera de su vida.

Al final, Aquiles decide ir a Troya aun a precio de ser mor­tal. La pregunta es obvia: ¿por qué? En efecto, ¿por qué un hijo de diosa, inmortal como ella, decide renunciar a su rango, ser tan mortal como los demás hombres y compartir con ellos su fatal destino? ¿Qué impulsó a Aquiles a abandonar ese privile­giado lugar, ese Olimpo terrenal, con rumbo a una Troya que será para él un camposanto? La respuesta no es ni mucho menos evidente. Ya en un estudio anterior se formulaba la misma cues­tión, que entonces quedaba provisionalmente pendiente en es­pera de un ensayo futuro, que es el que ahora se presenta. Se decía allí: “¿Por qué Aquiles, el héroe griego, que pasó su adoles­cencia en un gineceo, viviendo la existencia de un dios inmortal, al abrigo de toda necesidad y de todo dolor, decidió en cierto mo­mento ir a la guerra de Troya, sabiendo con toda certeza que allí encontraría la muerte?”.

El cuadro del Prado muestra precisamente el momento de la decisión trascendental de Aquiles, inducida por Ulises. Éste ha llegado a conocer dónde se oculta el joven héroe y, mien­tras la armada griega espera expectante, idea un plan para bur­lar la vigilancia y poder entrar en el gineceo, vestido de mercader. Una vez dentro, las alhajas que extiende sobre una manta atraen la atención de las mujeres que, excitadas, corren a rodearlo, seguidas del hijo de Tetis, momento que el astuto Ulises aprovecha para hacer sonar una trompeta llamándolo a la guerra. Ésa es la escena del cuadro, cuando Aquiles, domi­nado por un ardor bélico irresistible, empuña la espada, des­cubriendo su identidad al mismo tiempo que resolviendo el dilema a favor de una vida breve con gloria, a favor, en suma, de la finitud. Deidamía, la hija del rey y señora del gineceo, que en el cuadro aparece embarazada de Aquiles, comprende al ins­tante que ha perdido a su enamorado para siempre, y por eso es representada pálida y abatida, con la mirada baja y asistida en su desolación por otras damas, sin que el gesto de su mano izquierda, que amaga un intento de retenerlo, sea otra cosa que un reflejo que ella misma sabe inútil.

El mito nos enseña que la mortalidad no es algo connatu­ral al hombre, sino que debe ser objeto de personal apropia­ción. Se podría pensar —todos tenderíamos a hacerlo— que la finitud de nuestra condición nos es dada con nuestro ser, que es consustancial a nuestro vivir y que en consecuencia se ejer­cita sin necesidad de adquirirse. Nada menos cierto. La mor­talidad es el privilegio de las individualidades genuinas y, como tal privilegio, debe ser conquistado con esfuerzo: elegirse a un alto coste y luego aprenderse. No es dato sino empresa, y de hecho no hay otra que pueda comparársela en importancia y rigurosa seriedad. Como, a imagen de Aquiles, nacemos divi­nizados y en la adolescencia hacemos de nuestro yo un gineceo, la tarea de aprender a ser mortal exige la capacidad y las energías de toda una vida; para muchos, incluso la vida en­tera es demasiado breve para aprender la mortalidad. Porque esa larga “novela de formación” que es el paso del hombre sobre la tierra en rigor no termina nunca. Cada año, cada día, incluso cada hora, los hombres reiteramos, conmemoramos y actua­lizamos la decisión esencial de un Aquiles enardecido por el so­nido de la trompeta y alzando la espada, y confirmamos después esa decisión con nuestros esfuerzos por aprender ese difícil arte de ser mortal.

Este libro ensaya la combinación de dos materias que nor­malmente son objeto de investigación independiente: por un lado, el tratado de educación, con la descripción del progreso del pupilo desde un estadio estético-subjetivo hasta la objeti­vidad del estadio ético; y por otro, el análisis ontológico-existencial sobre el ser finito del hombre. Un intento, pues, de conjugar el Emilio de Rousseau con Ser y tiempo de Heidegger. La necesidad de ese trascendental aprendizaje sobre la vida hu­mana en general no plantea primeramente tanto las cuestio­nes psicológicas o sociológicas de la más común pedagogía, como un problema incuestionablemente metafísico, relacio­nado con el ser del hombre: pues si el hombre al final de sus días muere, esa circunstancia no se circunscribe a un acontecimiento último del tiempo biográfico sino que colorea de mortalidad todos los momentos de su devenir sobre la tierra. Y el hom­bre, que dispone de tantas lecciones a mano para instruirse sobre los más diversos ámbitos de la vida, carece con frecuencia de los rudimentos de un aprendizaje metafísico sobre su propio ser fi­nito, siendo así que en él se encuentra su única posibilidad de existencia genuina y auténtica. Igual que Aquiles fue a Troya para ser el héroe celebrado, el glorioso vencedor y merecer la palma de ser llamado “el mejor de los griegos”, así nosotros ha­llamos también en la mortalidad nuestro único destino indi­vidual.

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Javier Gomá Lanzón
Aquiles en el gineceo

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Marguerite Yourcenar (Brussel·les, Bèlgica, 1903 – Mount Desert Island, EUA, 1987)

On avait éteint toutes les lampes. Les servantes, dans la salle basse, tissaient à l’aveuglette les fils d’une trame inattendue qui devenait celle des Parques ; une inutile broderie pendait des mains d’Achille. La robe noire de Misandre ne se distinguait plus de la robe rouge de Déidamie ; la robe blanche d’Achille était verte sous la lune. Depuis l’arrivée de cette jeune étrangère ou toutes les femmes flairaient un dieu, ma crainte s’était introduite dans l’Île comme une ombre couchée sous les pieds de la beauté. Le jour n’était plus le jour, mais le masque blond posé sur les ténèbres ; les seins des femmes devenaient des cuirasses sur des gorges de soldats. Dés que Thétis avait vu se former dans les yeux de Jupiter le film des combats où succomberait Achille ; elle avait cherché dans toutes les mers du monde une île, un roc, un lit assez étanche pour flotter sur l’avenir. Cette déesse agitée avait rompu les câbles sous-marins qui transmettaient dans l’Île l’ébranlement des batailles, crevé l’œil du phare instruisant les navires, chassé à coup de tempêtes les oiseaux migratoires qui portaient à son fils des messages de frères d’armes. Comme les paysannes mettent des robes de filles à leurs garçons malades pour dépister la Fièvre, elle l’avait revêtu de ses tuniques de déesse qui dérouteraient la Mort. Ce fils infecté de mortalité lui rappelait la seule faute de sa jeunesse divine : elle avait couché prés d’un homme sans prendre la précaution banale de le changer en dieu. On retrouvait en lui les traits de ce père grossier revêtus d’une beauté qu’il ne tenait que d’elle, et qui devait un jour lui rendre plus pénible l’obligation de mourir. Gainé de soie, voilé de gazes empêtré de colliers d’or, Achille s’était faufilé par son ordre dans la tour de jeunes filles ; il venait de sortir du collège des Centaures : fatigué de forêts, il rêvait de chevelures, las de gorges sauvages, il rêvait à des seins. L’abri féminin ou l’enfermait sa mère devenait pour cet embusqué une sublime aventure ; il s’agissait d’entrer, sous la protection d’un corset ou d’une robe, dans ce vaste continent inexploré des Femmes ou l’homme, n’a pénétré jusqu’ici en vainqueur, et à la lueur des incendies de l’amour. Transfuge du camp des mâles, Achille venait risquer ici la chance unique d’être autre chose que soi. Il appartenait pour les esclaves à la race asexuée des maîtres, le père de Déidamie poussait l’aberration jusqu’à aimer en lui la vierge qu’il n’était pas ; les deux cousines seules ses refusaient de croire en cette fille trop pareille à l’image idéale qu’un homme se fait des femmes. Ce garçon ignorant des réalités de l’amour commençait dans le lit de Déidamie l’apprentissage des luttes, des râles, des subterfuges ; son évanouissement sur cette tendre victime servait de substitut à une joie plus terrible qu’il ne savait où prendre, dont il ignorait le nom, et qui n’était que la Mort. L’amour de Déidamie, la jalousie de Misandre refaisaient de lui le dur contraire d’une fille. Les passions ondoyaient dans la tour comme des écharpes tourmentées par la brise : Achille et Déidamie se haïssaient comme ceux qui s’aiment ; Misandre et Achille s’aimaient comme ceux qui se haïssent. Cette ennemie musclée devenait pour Achille l’équivalent d’un frère ; ce rival délicieux attendrissait Misandre comme une espèce de sœur. Chaque onde passant sur l’Ile apportait des messages : des cadavres grecs, poussés en pleine mer par des vents inouïs, étaient autant d’épaves de l’armée naufragée faute de secours d’Achille ; des projecteurs le cherchaient au ciel sous un déguisement d’astre. La gloire, la guerre, vaguement entrevues dans les brumes de l’avenir, lui faisaient l’effet de maîtresses exigeantes dont la possession l’obligerait à trop de crimes : il croyait échapper au fond de cette prison de femmes aux sollicitations de ses victimes futures. Une barque grosse de rois fit halte au pied du phare éteint qui n’était qu’un écueil de plus : Ulysse, Patrocle, Thersite, avertis par une lettre anonyme, avaient annoncé leur visite aux princesses ; Misandre, complaisante tout à coup, aidait Déidamie à fixer des épingles dans la chevelure d’Achille. Ses larges mains tremblaient comme si elle venait de laisser choir un secret. Les portes grandes ouvertes firent entrer la nuit, les rois, le vent, le ciel plein de signes. Thersite soufflait, fatigué par l’escalier de mille marches, frottant entre ses mains ses genoux pointus d’infirme : il avait l’air d’un roi qui par lésine se serait fait son propre bouffon. Patrocle, hésitant devant ce furet caché à l’intérieur des Dames, tendait au hasard ses mains gantées de fer. La tête d’Ulysse faisait penser à une monnaie usée, rognée, rouillée, ou se voyait encore les traits du roi d’Ithaque : la main en auvent sur les yeux, comme au sommet d’un mât, il examinait les princesses adossées au mur comme une triple statue de femme ; et les cheveux courts de Misandre, ses grandes mains, secouant celles des chefs, son aisance, la lui firent prendre d’abord pour la cachette d’un mâle. Les marins de l’escorte déclouaient des caisses, déballaient ; mêlées au miroir, aux bijoux, aux nécessaires d’émail, les armes qu’Achille sans doute allait se hâter de brandir. Mais les casques maniés pas les six mains fardées rappelaient ceux dont se servent les coiffeurs ; les ceinturons amollis se changeaient en ceintures ; dans les bras de Déidamie, un bouclier rond avait l’air d’un berceau. Comme si le déguisement était un mauvais sort auquel rien n’échappait dans l’Île, l’or devenait du vermeil, les marins des travestis, et les deux rois des colporteurs. Patrocle seul résistait au charme, le rompait comme une épée nue. Un cri d’admiration de Déidamie le désigna à l’attention d’Achille qui bondit vers cette vivante épée, prit entre ses mains la dure tête ciselée comme le pommeau d’un glaive, sans s’apercevoir que ses voiles, ses bracelets, ses bagues faisaient de son geste un transport d’amoureuse. La loyauté, l’amitié, l’héroïsme cessaient d’être des mots servant aux hypocrites à travestir leurs âmes : la loyauté, c’était ces yeux demeurés limpides devants cet amas de mensonges ; l’amitié serait leurs cœurs ; la gloire leur double avenir. Patrocle rougissant repoussa cette étreinte de femme : Achille recula, laissa pendre ses bras, versa des larmes qui ne faisaient que parfaire son déguisement de jeune fille, mais donnaient à Déidamie une raison nouvelle de préférer Patrocle. Des œillades, des sourires interceptés comme une correspondance amoureuse, le trouble du jeune enseigne à demi naufragé sous cette houle de dentelles changèrent le désarroi d’Achille en jalousie furieuse. Ce garçon vêtu de bronze éclipsait les images nocturnes que Déidamie conservait d’Achille, autant qu’un uniforme primait à ses yeux de femme le pâle éclat d’un corps nu. Achille se saisit maladroitement d’un glaive qu’il lâcha sur-le-champ, se servit pour serrer le cou de Déidamie de ses mains de fille envieuse du succès d’une compagne. Les yeux de la femme étranglée jaillirent comme deux longues larmes ; des esclaves intervinrent ; les portes se refermant avec un bruit de milliers de soupirs étouffèrent les dernies hoquets de Déidamie : les rois déconcertés se retrouvèrent de l’autre côté du seuil. La chambre des Dames s’emplit d’une obscurité suffocante, interne, qui n’avait rien à voir avec la nuit. Achille agenouillé écoutait la vie de Déidamie s’échapper de sa gorge comme l’eau du goulot trop étroit d’un vase. Il se sentait plus séparé que jamais de cette femme qu’il avait essayé, non seulement de posséder, mais d’être : devenue de moins en moins proche à mesure qu’il resserrait son étreinte, l’énigme d’être une morte s’était ajoutée chezelle au mystère d’être une femme. Il palpait avec horreur ses seins, ses flancs, ses cheveux nus. Il se leva, tâtant les murs où ne s’ouvrait plus aucune issue, honteux de n’avoir pas reconnu dans les rois les secrets émissaires de son propre courage, sûr d’avoir laissé fuir sa seule chance d’être un dieu. Les astres, la vengeance de Misandre, l’indignation du père de Déidamie s’unirait pour le maintenir enfermé dans ce palais sans façade sur la gloire : ses mille pas autour de ce cadavre composeraient désormais l’immobilité d’Achille. Des mains presque aussi froides que celles de Déidamie se posèrent sur son épaule : stupéfait, il entendit Misandre lui proposer de fuir avant que n’éclatât sur lui la colère de ce père tout-puissant. Il confia son poignet à la main de cette fatale amie, régla son pas sur celui de cette fille à l’aise dans les ténèbres sans savoir si Misandre obéissait à une rancune ou à une gratitude sombre, s’il avait pour guide une femme qui se vengeait ou une femme qu’il avait vengée. Des battants cédaient, puis se refermaient : les dalles usées s’abaissaient doucement sous leurs pieds comme le creux mou d’une vague ; Achille et Misandre continuaient de plus en plus vite leur descente en spirale, comme si leur vertige était une pesanteur. Misandre comptait les marches, égrenait à haute voix une sorte de chapelet de pierre. Une porte enfin s’ouvrit sur les falaises, les digues, les escaliers du phare : l’air salé comme le sang et les larmes jaillit à la face de l’étrange couple étourdi par cette marée de fraîcheur. Avec un rire dur, Misandre arrêta le bel être ramassant ses jupes, déjà prêt à bondir, lui tendit un miroir ou l’aube lui permettait de trouver son visage, comme si elle n’avait consenti à le mener au jour libre que pour lui infliger, dans un reflet plus effrayant que le vide, la preuve blême et fardée de sa non-existence de dieu. Mais sa pâleur de marbre, ses cheveux ondoyant comme la crinière d’un casque, son fard mêlé de pleurs collant à ses joues comme le sang d’un blessé rassemblaient au contraire dans ce cadre étroit tous les futurs aspects d’Achille, comme si ce mince morceau de glace avait emprisonné l’avenir. Le bel être solaire arracha sa ceinture, défit son écharpe, voulut se débarrasser de ses mousselines asphyxiantes, mais craignit de s’exposer davantage au feu des sentinelles, s’il avait l’imprudence de se laisser voir nu. Un instant, la plus dure de ces deux femmes divines se pencha sur le monde, hésitant si elle ne prendrait pas sur ses propres épaules le poids du sort d’Achille, de Troie en flammes, et de Patrocle vengé, puisque aussi bien le plus perspicace des dieux ou des bouchers n’aurait pu distinguer ce cœur d’homme de son cœur. Prisonnière de ses seins, Misandre écarta les deux battants qui gémirent à sa place, poussa du coude Achille vers tout ce qu’elle ne serait pas. La porte se referma sur l’ensevelie vivante ; lâché comme un aigle, Achille courut le long des rampes, dégringola des marches, dévala des remparts, sauta des précipices, roula comme une grenade, fila comme une flèche, vola comme une Victoire. Les points du roc déchiraient ses vêtements sans mordre sa chair invulnérable : l’être agile s’arrêta, dénoua ses sandales, offrit à ses plantes nues une chance d’être blessées. L’escadre levait l’ancre : des appels de sirènes se croisaient sur la mer ; le sable agité par le vent enregistrait à peine les pieds légers d’Achille. Une chaîne tendue par le ressac amarrait au môle la barque déjà toute trépidante de machines et de départ : Achille s’engagea sur ce câble des Parques, les bras grands ouverts, soutenu par les ailes de ses écharpes flottantes, protégé comme par un blanc nuage par les mouettes de sa Mère marine. Un bond hissa sur l’arrière du vaisseau de haut bord cette fille échevelée en qui naissait un Dieu. Les matelots s’agenouillèrent, s’exclamèrent, saluèrent de jurons émerveillés l’arrivée de la Victoire, Patrocle tendit les bras, crut reconnaître Déidamie ; Ulysse secoua la tête ; Thersite éclata de rire. Personne ne se doutait que cette déesse n’était pas femme.

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Marguerite Yourcenar
Feux

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Javier Gomá Lanzón

Aquiles en el gineceo

colección textos y pretextos, 869

Pre-textos. València, 2007

ISBN: 9788481918137

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Marguerite Yourcenar

Feux

L’imaginaire Gallimard, 294

Gallimard, 2010

ISBN: 9782070733125

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